ECOSEN, une aure façon de voyager...
     

Article paru dans TGV Magazine du mois de Mars 2010

VACANCES ''UTILES''

DE L'HUMANITAIRE A L'HUMANITÉ

Solidaire, participatif; écovolontaire, alternatif... le voyage ''utile'' fait son chemin. Et semble apporter au moins autant aux voyageurs qu'aux populations des pays qu'ils visitent.

L'image du voyage, version farniente et cocktails exotiques au bord d'une piscine d'eau de mer chauffée par un soleil radieux serait-il en train de ternir ? Pas encore. Pourtant, un peu partout sur la planète tourisme, des voyageurs, toujours plus nombreux, choisissent de donner de leur temps pour creuser des puits, faire du soutien scolaire, dispenser des cours d'informatique ou mettre leurs connaissances médicales au service des populations des pays visités, le temps de leurs vacances. Le wwoofing, qui propose à de jeunes volontaires de travailler quelques heures par jour dans des fermes pratiquant l'agriculture biologique, en échange du gîte et du couvert, est le dernier exemple en date. Qu'on l'appelle solidaire, responsable, participatif, écovolontaire, le concept de voyage ''utile'' fait de plus en plus d'adeptes.

''Des hommes ont rencontré des hommes''...

Motivation de ces nouveaux voyageurs : ''au-delà de l'aide qu'ils apportent, ils veulent prendre le temps d'approfondir les échanges, de découvrir un pays de l'intérieur, de ne pas être toujours en mouvement, mais de se poser dans un lieu'', explique Aurélien Seux, cofondateur de Double Sens. Cette agence propose, depuis 2006, des voyages solidaires au Bénin. ''En étant en contact avec les populations, en travaillant avec elles au quotidien, les voyageurs ne se sentent plus cantonnés dans un rôle de touristes.'' Tant mieux : le voyageur ''utile'' ne cherche plus seulement à voir, photographier et découvrir, mais souhaite comprendre, donner du sens à son voyage. ''En partant hors des circuits du tourisme de masse ou de luxe, en refusant l'exotisme artificiel, ces vacanciers veulent soutenir des initiatives locales, analyse Jean-Pierre Vets, président de l'association Belgique-Madagascar, organisatrice de séjours solidaires dans la grande Île de l'océan Indien. Leur perception des besoins prioritaires de développement des populations est éclairée d'un jour nouveau. Ils n'ont pas fait de l'humanitaire, ce qui serait un piège pour un court séjour, mais ils ont voyagé dans l'humanité. Des hommes ont rencontré des hommes.''

Une leçon de géopolitique illustrée

L'intérêt principal de la formule réside certainement ici : les témoignages de ces nouveaux touristes insistent autant sur ce qu'ils apportent que sur ce qu'ils reçoivent. Une réflexion sur le développement, une leçon de géopolitique illustrée sur les rapports Nord-Sud, une parenthèse éclairante dans leur quotidien. Et, bien sûr, la satisfaction d'avoir contribué à construire ''quelque chose de positif''.''Le tourisme s'est toujours cherché des utilités, rappelle Jean-Didier Urbain, auteur de plusieurs essais sur les pratiques touristiques. Jadis, on voyageait pour s'instruire, se soigner. Les touristes ont sans cesse voulu donner une valeur morale à cet acte d'agrément et de loisir. Il ne faut pas oublier que notre société marchande s'est construite sur la négation de l'oisiveté. La nouveauté est que l'utilité est maintenant tournée vers la nature, la planète, les autres. C'est une utilité altruiste, qui s'explique en partie par l'augmentation de la conscience planétaire des voyageurs actuels, de mieux en mieux informés des aléas du monde.''

Voyage utile contre voyage futile ? Ces nouveaux voyageurs ont choisi leur camp. Reste à savoir ce que les populations concernées pensent réellement de ces initiatives...

Olivier Cirendini