Article publié dans lemonde.fr le 17 Février 2010 Dakar ville en pleine transformation VIVRE A DAKAR Lorsque d'anciens diplomates européens décident de construire à Dakar la maison de leurs rêves pour y passer les longs mois d'hiver, lorsque des expatriés acceptent le statut financièrement moins avantageux de résident pour continuer à travailler à Dakar, lorsque des retraités français choisissent d'y passer leurs vieux jours, on est en droit de se demander si cette ville, ancienne capitale de l'Afrique Occidentale Française du temps de la colonisation, n'est pas en train de se forger un nouveau destin. Dakar, cette ville qui, en un siècle, est passée du statut de gros village d'à peine 10 000 habitants logés dans des cases souvent insalubres à celui de capitale du Sénégal regroupe désormais près de 3 millions d'habitant (banlieue comprise). Dakar, après des décennies d'engourdissement où elle s'est fait dépasser par sa rivale Abidjan, qui doit son surnom de « petit Manhattan » à ses nombreux gratte-ciel est désormais en plein chantier, et voit cette terre que, selon la coutume, nul ne pouvait s'approprier, devenir l'enjeu de rivalités croissantes se traduisant par d'innombrables litiges fonciers, une flambée du prix des terrains et un accroissement des inégalités sociales. La croissance démographique élevée du fait d'une natalité encore importante et d'une mortalité en chute libre s'est conjuguée à l'exode rural pour exercer une forte pression sur l'espace. Toute la presqu'île sur laquelle est bâtie Dakar est animée de cette frénésie, aussi bien le centre où les anciennes maisons sont démolies pour faire place à des immeubles modernes de plus en plus hauts, que la périphérie où de nouveaux quartiers résidentiels ou populaires émergent, grignotant peu à peu les espaces sableux où trônaient les majestueux baobabs, arbres multiséculaires et sacrés, typiques du Sénégal et que, aujourd'hui encore, on hésite à abattre, par crainte et respect des esprits qui pourraient les hanter. Le m2 de terrain qui se négociait à 5 euros aux Almadies (quartier à l'extrémité de la péninsule) dans les années 80 est passé à plus de 200 euros et le prix du m2 en centre ville a explosé atteignant 1 500 euros dans le neuf. Mais le prix de la main d'œuvre restant sans commune mesure avec celui des pays développés, (le salaire minimum mensuel est d'environ 100 euros) il est encore possible de se faire construire une agréable villa pour moins de 125 000 euros à condition d'être très vigilant pendant les travaux pour éviter les surprises désagréables. Mais pour combien de temps encore ? Les loyers eux aussi s'envolent et varient désormais dans les quartiers résidentiels entre 1000 et 3 000 euros par mois car Dakar, jouant la carte de l'ouverture internationale et de la démocratie, attire les sièges des organismes internationaux. Peu à peu, la ville s'éloigne de son centre historique créé par les colons français, où se concentrent les bâtiments administratifs, le quartier des affaires, les immeubles résidentiels dont les derniers étages offrent une vue incomparable sur la baie. Un centre rythmé par les horaires de travail, animé et embouteillé le jour, calme le soir, le dimanche et les jours fériés. Les quartiers nouveaux, qui s'étendent jusqu'au bout de la presqu'île, accueillent la nouvelle bourgeoisie sénégalaise enrichie par le commerce, l'émigration, les affaires plus ou moins licites et parviennent à s'organiser de manière désordonnée mais efficace grâce à l'installation d'écoles privées, de restaurants, de commerces aux activités diverses qui s'adaptent spontanément à la nouvelle demande. L'initiative individuelle s'étant développée bien plus rapidement que la politique de l'urbanisme, on assiste à ce spectacle surprenant d'édification de nouveaux quartiers aux maisons de grand standing auxquelles on ne peut accéder que par des pistes défoncées et qui, la nuit, seraient plongées dans l'obscurité totale si l'éclairage individuel ne suppléait aux carences de l'éclairage public. Dans ces quartiers de nouveaux riches, où chacun semble avoir construit sans tenir compte des maisons voisines, la végétation luxuriante et les grappes multicolores des bougainvilliers finissent par masquer l'absence d'unité architecturale. Les rémunérations dérisoires qui permettent l'emploi d'un important personnel de service pour le ménage, la cuisine, l'entretien des jardins et la surveillance des maisons, la douceur du climat tempéré par les alizés venus de la mer toute proche, le haut degré de civilité et de cordialité qui imprègnent la vie sociale rythmée par les salutations et palabres enjouées, tout se conjugue pour y créer une indéniable qualité de vie. Par contre, dans les quartiers populaires, faute de moyens financiers, les maisons restent le plus souvent inachevées, le ciment étant déjà en soi un signe extérieur de richesse par rapport aux baraques en bois ou en tôle ondulée où vivent les familles plus pauvres. Dans ces quartiers surpeuplés où chacun doit se débrouiller pour survivre, c'est le règne de la rue et de sa joyeuse animation mais la vie peut y devenir un calvaire lorsque les pluies abondantes de l'hivernage transforment les rues non goudronnées en cloaques nauséabonds. La sécurité est assurée par la présence de jeunes, souvent chômeurs, qui passent leurs nuits à palabrer, jouer aux cartes et boire du thé. Les appels à la prière émanant des innombrables mosquées, les bêlements des moutons, les klaxons, les interpellations des marchands ambulants y rythment le temps. Grâce aux différents programmes sectoriels financés par les bailleurs de fonds, la réalisation d'infrastructures collectives se met progressivement en place. Il y a urgence ! Cette ville péninsulaire qui ne peut s'étendre que d'un seul côté étouffe malgré l'air marin. L'insuffisance des transports collectifs a multiplié le recours aux transports individuels. La ville est envahie de véhicules de toutes sortes et de tous âges. Entre les calèches, les camions, les voitures, les taxis, les « clandos », (taxis clandestins) les mobylettes, les « cars rapides » (assurant les transports en commun), rejoindre le centre ville en passant par les rares voies d'accès, où les policiers vite dépassés, essaient de se substituer aux feux tricolores souvent en panne, s'avère une épreuve redoutable pour les nerfs et pour les bronches, vu le niveau de pollution. C'est ce constat qui a amené le président Wade à projeter de transférer la capitale à 60 km de Dakar. Le terrain a été délimité, les maquettes de la ville nouvelle sont en cours d'élaboration mais la population dakaroise, attachée à sa ville, ainsi que les bailleurs de fonds restent pour le moins sceptiques. En attendant un éventuel transfert de la capitale, le Sénégal a profité de l'organisation de la conférence islamique qui s'est tenue en 2008 pour obtenir de larges financements de la part des bailleurs de fonds arabes afin de transformer radicalement le plan de circulation. La Corniche route principale de liaison entre l'aéroport, la périphérie résidentielle et le centre a été élargie, dotée de ronds points, d'un tunnel de 300 m, embellie par la présence de palmiers et l'aménagement d'espaces fleuris, des échangeurs ont été construits pour fluidifier la circulation à diverses intersections. La réalisation de ces travaux confère indéniablement une modernité toute nouvelle à cette ville en attendant que l'autoroute, en construction, lui permette d'être reliée plus facilement aux villes de l'intérieur et notamment au futur aéroport Blaise Diagne (du nom du premier député africain élu au parlement français en 1914) lui aussi en construction à une cinquantaine de kilomètres et qui devrait voir ses premiers avions décoller d'ici 2012. _____________________________________________ Sylvie C.
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Article publié dans sendeveloppementlocal.com le 1er Octobre 2009 L’Allemagne a accordé mercredi un don de 37,4 milliards de francs CFA au gouvernement du Sénégal pour soutenir sa politique du microcrédit et des énergies renouvelables. Le gouvernement sénégalais a obtenu ce don au terme de négociations intergouvernementales entre les deux pays, mardi et mercredi à Bonn, précise l’ambassade d’Allemagne au Sénégal dans un communiqué transmis jeudi à l’APS. Par ce don couvrant la période 2009-2011, ‘’l’Allemagne souhaite rendre davantage visible sa contribution à la sortie de crise dans le domaine énergétique. En complément de l’engagement dans l’électrification rurale déjà en cours, l’alimentation en électricité produite à partir des énergies renouvelables sera renforcée’’, ajoute le communiqué. Ce financement doit permettre d’alimenter plusieurs villages en énergie solaire par la construction d’une centrale photovoltaïque ou d’un parc éolien, indique la même source. ’’Dans un pays où la grande majorité des familles dépend du charbon de bois pour se préparer un repas chaud, souligne le gouvernement allemand, une mesure pareille contribue à la protection de la forêt au Sénégal’’. Dans le domaine du microcrédit, Berlin affirme qu’elle veut ‘’offrir à plus d’hommes et de femmes la possibilité de développer leurs propres activités économiques’’. Il est prévu, avec ce financement, la création d’une ‘’banque de distribution de microcrédits’’ au Sénégal, en vue d’‘’atteindre plus de clients dans le monde rural’’.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Yadwane Ngom : Je m’appelle Yadewane Ngom et je suis né le 4 août 1952. E. D. : Depuis quand fais-tu parti du GIE ? Y. N. : Avec le commissaire aux comptes, nous faisons parti du NQEL JAB depuis 2002. E. D. : Quel est ton rôle ? A-t-il toujours été le même ? Y. N. : Je suis Trésorier Général depuis 2002 : j’ai été nommé car j’avais déjà eu des expériences de trésorier par le passé. E. D. : En quoi consiste-t-il ? Y. N. : Je suis responsable de la gestion de l’argent et des relations avec la banque. E. D. : Comment sont gérés les comptes du GIE ? Y. N. : Nous faisons des réunions groupe par groupe pour savoir comment prêter l’argent. Le groupe décide à quels membres doit être prêté l’argent. Certains groupes commencent à pouvoir faire leurs emprunts eux-mêmes car ils ont atteint un certain montant d’épargne. Il y en a 5 exactement: E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? Les déplacements sont très difficiles car certains groupes sont à 2 ou 4 kilomètres et quand je leur rends visite, je dois y passer la nuit. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? Y. N. : Il y a eu beaucoup de changements. La collaboration de Julien nous a beaucoup soutenus : sans lui, le groupe ne pourrait pas avoir ce niveau. Il a apporté des classeurs qui sont des outils de gestion pour chaque groupe : ils nous permettent de voir chaque mois où le groupe en est et également d’avoir une transparence sur nos activités. E. D. : Trouves-tu cette évolution positive ? Y. N. : Le GIE NQEL JAB a pris une bonne orientation. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable pour le développement du village ? Y. N. : Depuis que nous avons commencé à travailler avec ECOSEN, l’organisation de nos groupes s’est améliorée. E. D. : Que souhaites-tu pour le futur du GIE NQEL JAB et d’ECOSEN? Nous souhaitons travailler main dans la main et aller le plus loin possible. ECOSEN est notre partenaire privilégié et nous souhaitons que cela dure. Nous ne cherchons pas d’autres partenaires, celui-ci marche très bien. Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Khangel Ngom : Je m’appelle Khangel Ngom. E. D. : De quel groupe fais-tu parti ? Depuis quand fais-tu parti du GIE ? K. N. : Je fais parti du groupe Mbin Niar. J’ai rejoint le GIE NQEL JAB en 2000. Avant, je faisais des travaux saisonniers à Mbour et à Dakar (laver le linge, aide-ménagère…), comme le font les jeunes aujourd’hui. E. D. : Peux-tu me décrire tes activités dans ton groupe ? K. N. : Au début, j’ai acheté des arachides, des haricots, du mil et quelques fois du petit bétail pour faire du commerce. Aujourd’hui, je m’occupe d’un poulailler et je fais du petit commerce à côté. E. D. : Quel est ton rôle au sein de ton groupe ? En quoi consiste-t-il ? K. N. : Depuis mars 2008, je m’occupe de gérer un poulailler qui a démarré en octobre. (n.b : il y a 3 poulaillers). La gestion du poulailler est un travail bénévole. Nous gérons le poulailler et la vente en collaboration avec Yadwane. L’objectif est d’être autonome quand nous maîtriserons la gestion. E. D. : Depuis que vous avez commencé le poulailler, l’activité a-t-elle augmenté ? Avez-vous plus de volailles ? K. N. : Depuis que nous avons commencé, l’activité a augmenté : en octobre 2008, nous avions 78 poulets et aujourd’hui, nous en avons 100. E. D. : Comment assurez-vous la vente de votre production ? K. N. : De temps en temps, nous les vendons au marché, d’autres fois, ce sont des gens qui viennent au village qui achètent. Nous avons actuellement eu un début de partenariat avec la mission catholique Marie Médiatrice qui nous a acheté notre dernière production. E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? K. N. : La vente des poulets n’est pas toujours facile car nous n’avons pas d’acheteur fixe. E. D. : Qu’est ce que cette activité t’apporte ? K. N. : Avant le poulailler, il y avait ECOSEN et le microcrédit pour faire du petit commerce. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? K. N. : Ca a changé : la pauvreté a diminué. Le microcrédit permet d’avoir de l’argent sans aller faire les travaux saisonniers en ville. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? K. N. : J’en pense du bien et de la paix : j’espère que ce partenariat ira de l’avant. E. D. : Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable au développement du village ? E. D. : Que pouvez-vous souhaiter pour l’avenir de nos organisations ? K. N. : Je demande et souhaite la santé, la paix et une longue vie, que la richesse et la chance augmentent pour nos deux organisations. Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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Article paru dans Le Soleil du 1er Avril 2009 De plus en plus, l’espace de la micro-finance s’enrichit de nouveaux acteurs, offrant ainsi aux usagers plus de possibilités d’accès aux crédits. Certains, reconnaissant l’importance du rôle de ces institutions, considèrent cependant que les taux appliqués restent encore élevés. Le paysage de la micro-finance s’est considérablement développé en l’espace d’une quinzaine d’années. En 2006, les institutions de micro-finance avaient mobilisé une épargne de 70 milliards de francs Cfa. Leur multiplication a permis aux populations, surtout urbaines, de voir leurs offres de services s’élargir. Poussant ces institutions non seulement à diversifier leurs offres, mais également à assouplir les conditions des prêts pour faire face à la concurrence de plus en plus rude. Au Pamecas par exemple, il faut être adhérent et avoir épargné pendant un certain temps -généralement trois mois-, pour pouvoir prétendre à un prêt. La condition demeure, mais elle est assouplie. « Après avoir ouvert un compte, le client peut prétendre aussitôt à un crédit s’il dispose dans son compte du quart du montant sollicité », renseigne M. Gassama, en faisant remarquer toutefois que le demandeur doit présenter des garanties. Lesquelles, précise-t-il, sont très souples. « Si vous avez un frère salarié ou exerçant une activité qui peut se porter garant pour vous, on vous accorde un prêt si votre projet est bon », ajoute Moussa Gassama. DES EXIGENCES ASSOUPLIES En revanche, des structures comme Acep ou Microcred prennent seulement en compte l’activité économique. « L’épargne préalable n’est pas une obligation pour obtenir un crédit. Néanmoins, l’ouverture d’un livret d’épargne est obligatoire pour accéder aux autres produits et services », dit Mme Aïssatou Faye Fall de Microcred, la responsable marketing et communication. Souleymane Sarr de l’Acep dit la même chose. « Si vous avez une activité économique, vous pouvez bénéficier d’un prêt chez nous. » Mais avant d’accorder un prêt, ces deux structures font une enquête sur le terrain, en plus de l’entretien avec le demandeur. « C’est pour un complément d’information seulement », rassure Mme Fall qui note l’exigence de résidence de l’emprunteur d’au moins six mois au lieu de son activité et d’innocuité de celle-ci à l’environnement. « Ce dernier point est très important pour Microcred », insiste-t-elle. Le montant du crédit est déterminé par la nature et l’importance de l’activité. Il diffère suivant les structures. Les sommes prêtées peuvent aller de 25.000 francs à des dizaines de millions. A titre d’exemple, elles sont comprises entre 25.000 francs Cfa à 3 millions de francs pour les caisses de base au Pamecas, c’est-à-dire les caisses de proximité. Alors qu’elles sont de l’ordre de 100.000 à 5 millions francs Cfa à Microcred. Le taux d’intérêt constitue un autre élément de différenciation. A ce niveau, il est difficile d’avoir une idée réelle sur les taux appliqués, peut-être pour des raisons de stratégies commerciales. Une chose est cependant sûre, toutes les institutions de microcrédit respectent la législation en la matière. Les taux appliqués sont loin du taux plafond qui est de 27 %. Malgré tout, le chef de l’Etat trouve ce taux usurier. « Nous avons des charges à supporter, ce qui justifie le taux d’intérêt que nous appliquons qui est d’ailleurs dégressif », explique Moussa Gassama. Sans compter les prêts non remboursés que les structures de micro-finances doivent supporter, ajoute-t-il. VIEUX DEBAT SUR LE TAUX D’INTERET Sur ce point, les institutions de micro-finance ont su développer une approche novatrice basée sur la concertation, la conciliation et, dès fois, le rééchelonnement. « A chaque fois que nous avons un client qui n’honore pas ses engagements, nous essayons d’en voir les raisons », indique Souleymane Sarr. En ajoutant « nous privilégions le règlement à l’amiable pour permettre au client de se tirer d’affaire ». La même philosophie sous-tend la démarche de Pamecas qui a une méthode originale pour faire rembourser les mauvais payeurs ou les « récalcitrants ». Si un client reste quelques mois sans payer, sa photo est affichée au siège de la caisse où il avait effectué le prêt. « Ça marche si bien que certains se plaignent de la méthode », indique le chef du service social et communication, en insistant sur le fait que les agents de sa structure n’y ont recours qu’en dernier lieu. Destinées à un certain public, les institutions de micro-finance ont vu leur clientèle s’élargir. Presque toutes les couches socioprofessionnelles ont recours à leurs services, avec une place de choix pour les femmes. Celles-ci représentent plus de 52 % de la clientèle et sont « souvent plus aptes à conduire un entreprenariat fécond ». « Elles ne sont pas moins de 72.000 femmes qui bénéficient de nos services », dit Mouhamet Ndiaye du Crédit mutuel sénégalais. A côté de cette catégorie de clients, il y a les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, l’artisan, le petit commerçant installé au coin de la rue, etc. Les fonctionnaires font actuellement partie de leur clientèle. « Il y en a même certains qui ont domicilié leur salaire chez nous », révèle M. Ndiaye. Aujourd’hui, pour satisfaire une clientèle qui grandit de jour en jour, les institutions de micro-finances densifient leur réseau par une politique de maillage du territoire national. Dans toutes les régions du Sénégal, on trouve une caisse d’épargne et de crédit de proximité. S’y ajoute une diligence dans le traitement des dossiers et un service d’accueil qui inspire confiance aux usagers. « Nous avons une charte pour l’accueil des clients, mais aussi nous tenons beaucoup à l’image de nos agences », déclare M. Ndiaye du Cms. « Nos grand-mères n’ont plus peur de s’arrêter ou d’entrer dans une institution financière », renchérit Moussa Gassama. Une politique qui s’insère dans la Lettre de politique sectorielle de la micro-finance. Mamadou GUEYE et Amadou Maguette NDAW
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Article paru dans SosFaim.be du 15 Janvier 2009 La Fédération paysanne sénégalaise FONGS. Le 9 février dernier, à Dakar, au Sénégal, le musicien Youssou N’Dour a inauguré une société de microcrédit « Birima », du nom d’un roi sénégalais du XIXe siècle. L’objectif de l’institution Birima, soutenue par la marque de vêtements Benetton dans le cadre de sa nouvelle campagne « Africa works », est d’offrir des services financiers adaptés et - dans la mesure du possible sans garantie - aux PME et aux commerçants dont les besoins ne sont couverts ni par les banques, ni par les institutions de microfinance. Le lancement de ce projet ambitieux nous donne l’occasion de revenir sur les activités de microfinance au Sénégal avec Mass Gning, responsable microcrédit à la FONGS, fédération paysanne sénégalaise. Comment la FONGS a-t-elle accueilli l’initiative de Youssou N’Dour ? Nous pensons que c'est une bonne idée. Elle contribue à la diversification des acteurs du monde de la microfinance, que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural. Vous ne trouvez pas ça gênant que des grandes compagnies internationales comme Benetton ou des artistes s’investissent dans le secteur de la microfinance, qui nécessite pourtant une expertise pointue ? Je pense que Youssou N'Dour sait où il va. Il s'est certainement entouré de personnes compétentes pour mettre en place Birima. Mais, dans le cadre de la mise en œuvre des microcrédits, il aura certainement besoin d'un accompagnement organisationnel, technique, institutionnel et peut-être financier afin d'atteindre ses objectifs. Et Benetton ? Il s'agit tout de même d'une grande compagnie internationale, plutôt ancrée dans le secteur de la mode. Le fait qu'une société commerciale, connue par sa marque de vêtements, s'investisse dans le secteur de la microfinance peut-il causer des dérives ? Bien sûr. Tout dépend des objectifs qu'ils visent et des stratégies qu'ils vont mettre en œuvre. Je pense que le fait d'être acteur dans un certain domaine n'interdit pas de travailler dans d'autres domaines. Si Benetton s'intéresse à la microfinance, c'est parce qu'ils ont certainement des objectifs très précis à leur niveau. Je ne pense pas qu'ils mélangeront leurs différentes activités…. Birima a pour ambition d’offrir des crédits sans garantie réelle et sans épargne préalable mais seulement en se fondant sur la parole de la personne ou du groupe qui fait une demande de crédit. N'est-ce pas un peu risqué ? En effet, la structure de Birima ne permet pas un partage des risques par rapport aux crédits. L'absence d'épargne préalable n'encourage pas la participation des différents clients à la vie de l'institution. Si les clients réussissent à épargner, ils participent à la prise des risques et cela leur permet de toujours réfléchir à ce qui peut promouvoir l'institution ainsi que ses activités. Le partage des risques et la participation des membres à la vie de l'institution sont deux facteurs de réussite importants en microfinance. N-y-t-il pas un risque que l’absence de garantie préalable désengage les emprunteurs de l’obligation de rembourser, créant pas là un effet boule de neige, ce qui mettrait en danger la viabilité des institutions de microfinance ? En effet, si les gens décident de ne pas rembourser leurs crédits, ils ne prennent pas de risques par rapport à une garantie qui, en l'espèce, n'a pas été mise en jeu. Les gens ne vont pas se sentir responsables de quoi que ce soit. Ils peuvent se dire "moi, j'ai déjà pris un crédit, je suis servi, le reste, ce n'est pas mon problème". Ce genre de raisonnement, pouvant être facilité par la démarche de Birima, pourrait avoir des conséquences sur les procédures et les mécanismes mis en place par d'autres acteurs. En ce qui nous concerne, nous ne courons pas trop de risques car nous sommes présents en milieu rural. Ce sont surtout les acteurs du milieu urbain qui pourraient être pénalisés. Toutefois, la majorité d'entre eux ont mis en place des mécanismes qui leur permettent de partager les risques avec leurs sociétaires. En fait, les risques reposeront surtout sur Birima. L'effet pervers de l'engagement de grandes compagnies internationales dans des activités revêtant une dimension sociale se situe peut-être à ce niveau là. C'est parce que Benetton peut engager de gros moyens financiers que Birima prend des risques que ne prennent pas les autres institutions de microfinance ? Dans le cadre de la stratégie de la FONGS, nous ne créons pas de structures pour les gens. Nous pensons plutôt qu’il faut accompagner ces personnes qui ont des idées, en les aidant à créer leurs propres structures. Certes, la mobilisation de ressources additionnelles est souvent nécessaire mais chacun doit se sentir responsable par rapport au remboursement et aux risques encourus. Est-ce qu'il y a déjà eu des initiatives de ce genre en milieu rural ? Je n'en connais pas pour le moment. Mais j’espère que Youssou N'Dour sera sollicité pour lancer le même genre d'initiatives en milieu rural. La FONGS serait-elle prête à collaborer avec ces nouveaux acteurs qui disposent de moyens financiers importants ? Pensons par exemple à l'offre de crédits d'investissements à long terme, qui sont les plus difficiles à mettre en œuvre car il s'agit de sommes importantes ? Moi, je suis toujours motivé pour collaborer avec des gens qui ont une stratégie claire et dont les objectifs collent avec les miens. Les conditions sont toujours à négocier. Il est clair que certaines pratiques sociales de la microfinance doivent être respectées comme la participation et le partage des risques. En milieu rural, nous prenons des initiatives de développement depuis toujours. Nous savons que ce ne sont pas uniquement les crédits à court terme ou les petits crédits qui intéressent le monde rural. Mais comment réussir à financer les investissements en milieu rural ? C'est pourtant la seule façon de nous aider à bloquer le départ des jeunes pour l'Occident. Faciliter l'accès aux financements permettrait de fixer les populations dans leurs terroirs. Dans une interview, Youssou N’Dour souligne que la microfinance permet aux gens de conserver leur dignité, qu’elle donne une image positive de l’Afrique. C'est vrai ? C'est effectivement réel. Prenons un exemple concret. Trois familles d'agriculteurs vivent dans un village mais ne sont pas liées entre elles. La famille A vend des bœufs. Elle épargne l'argent au niveau de la caisse villageoise. La famille B, qui ne possède que sa production agricole, en vend une partie et épargne également à la caisse villageoise. La famille C demande un crédit. Si la famille C n'arrive pas à rembourser son crédit, elle met en jeu sa dignité. Mais si elle parvient à le rembourser, c'est une façon de renforcer sa dignité et de s'ancrer dans son village et son environnement.
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Delphine Sène est la fille de Birame Sène, coordinateur du GIE ECOSEN au Sénégal et de Félicité Dione, la gérante de notre auberge partenaire. Delphine a participé à un concours, réalisé par d’anciens voyageurs canadiens d’ECOSEN. Elle a écrit un texte sur le Lac Rose, ou Lac Retba. Son oeuvre a été publiée avec les textes d’autres enfants, comme son frère Jean-Marie, dans un livre intitulé « Mots de Terre ». Lauréate du concours, elle est partie une journée au Lac Rose pour faire une interview avec la télévision canadienne, et, raconter cette merveille de la nature. N.B : les journalistes canadiens travaillent pour la branche télévisée de Radio-Canada, du groupe Canadian Broadcasting Corporation ![]() ECOSEN DJaM : Comment as-tu rencontré l’équipe de Mots de Terre ? Delphine Sène : A l’auberge. C’était des voyageurs ECOSEN. E. D. : Comment as-tu été au courant du concours qu’ils ont organisé ? D. S. : Ils m’ont parlé de ce concours quand ils étaient à l’auberge. Le concours s’appelait « Ecrire un texte sur la nature » et nous pouvions parler de la nature en général. ![]() E. D. : Quelle réaction as-tu eu quand tu as su que tu étais lauréate du concours? D. S. : Surprise, car j’avais écrit le texte un an auparavant, et, contente. J’étais fière. E. D. : Quelle récompense as-tu eu ? D. S. : Tous les enfants qui ont écrit un texte sur la nature publié ont reçu un livre. Pour ceux (n.b : une autre fille de Dakar avait gagné) qui avaient gagné le concours, nous avons été au Lac Rose et des journalistes du Canada nous ont interviewées. E. D. : Comment cette journée s’est passée ? D. S. : Elle s’est bien passée. Après l’interview de la première fille, je suis partie avec l’équipe de journalistes vers le Lac Rose. Là, ils m’ont demandé pourquoi le Lac était rose, si le travail du sel était dur, comment faire pour protéger la nature… Je leur ai répondu qu’il fallait arrêter de faire des feux de brousse et je leur ai également dit que le lac était en danger. E. D. : Qu’en as-tu pensé ? D. S. : C’était merveilleux et intéressant parce que j’ignorais également que la cueillette du sel était un travail dur et difficile. Mais, c’était aussi une journée joyeuse où j’ai pu rencontrer des journalistes du Canada qui étaient sympa. C’est bien aussi car on va être publié. E. D. : Que retiens-tu de toute cette aventure ? D. S. : Ce jour là, j’ai su que les cueilleurs de sel travaillent durement et ne gagnent pas beaucoup d’argent, et, ça m’a fait mal. Sur un autre côté, c’était joyeux et j’étais fière de cette journée. ![]() D. S. : Oui, ca me ferait plaisir. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN ? Que penses tu que cela apporte à toi et ta famille ? D. S. : C’est bon car on a toujours rencontré de bons voyageurs qui sont gentils. Cela fait du travail à mes parents et on rencontre des gens différents. Cela nous apporte aussi des connaissances, par exemple, mes parents savent se servir d’un ordinateur maintenant grâce à ECOSEN. C’est aussi grâce aux voyageurs que nous avons eu un ordinateur. C’est agréable. Ca change le quotidien. Les voyageurs s’intéressent à nous et, en plus, on peut parler français. E. D. : Aimerais-tu ajouter quelque chose ? D. S. : Merci à ECOSEN et aux anciens voyageurs…aux futurs voyageurs, venez profiter d’un séjour à l’auberge Félicité !
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Extrait du livre Mots de Terre On dirait une oasis entre la savane et la plage. Séparé de l’océan par un interminable cordon Dunaire planté de filaos,le lac Retba,plus connu Sous le nom de lac Rose,est une des curiosités Naturelles du Sénégal . ![]() Savez vous pourquoi le lac est de couleur rose ? Dès que le soleil est un peu haut dans le ciel,les Eaux du lac prennent une couleur rose comme sur Les cartes postales. Ce changement est provoqué Par la présence d’une algue microscopique qui Oxyde le fer contenu dans l’eau hypersalée du lac. Celle-ci contient 320 gramme de sel par litre, soit Le même taux que dans la mer Morte. Je remercie le bon Dieu de nous avoir donné ce Beau miracle de la nature. Delphine Sène,14 ans
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ECOSEN DjaM : Bonjour ! A travers la rencontre d’acteurs du secteur, et notamment Sud-Américain, mon intérêt s’est développé, et mon envie de découvrir l’Afrique par une voie alternative aux grands hôtels ou aux grandes entreprises, m’a naturellement aiguillé vers le tourisme solidaire et durable. De plus j’adore voyager et j’avais vraiment envie de découvrir un autre monde grâce à une expérience me permettant de ne pas avoir d’impact négatif sur la nature mais aussi d’apporter quelque chose de positif pour les Hommes. ![]() E. D. : Quelles sont les particularités que tu retiens de ton séjour au Sénégal ? C’est vrai que le Sénégal c’est plutôt relax et les mots « Graoul »* et « Amoul problem »* reviennent souvent. (Rires...) (*« C’est pas grave », « Pas de problème »). E. D. : Quelle est ta mission au sein d’ECOSEN ? E.D. : Quelle as été ta motivation lorsque tu as décidé de rejoindre l’aventure ECOSEN ? ![]() E. D. : Quelles sont pour toi les prochaines étapes que doit atteindre ECOSEN pour que ce projet soit une réussite ? Et enfin l’idéal c’est qu’ECOSEN soit une réelle opportunité pour les membres ECOSEN Sénégal de devenir autonomes et de réussir pleinement leurs projets. ECOSEN c’est aussi une structure complètement opérationnelle et performante, qui conserve une taille humaine et qui permet une confiance et un réel partage entre tous. L’idéal serait que la structure d’accueil des voyageurs conserve sa taille, car il semble que ce soit la plus adaptée à ce genre de voyage. Enfin ce concept peut aussi être développé avec d’autres structures d’accueil en Casamance, dans la vallée du Sénégal, etc... Les membres d’ECOSEN Sénégal déjà formés pourront alors assurer la formation des futures ressources... Inch’Allah !
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A l‛occasion de la fête de la Tabaski, Samba Gnane, le président du GIE NQEL JAB a interviewé un membre du GIE... Ali Niane du Groupe de travail Keynaak - le groupe des jeunes bergers... Pour la petite dédicace, nous souhaitons à “Jeff‛ on the Mix”, le fidèle cheval d‘Ali, une bonne saison sèche... ![]() - Combien êtes vous à Keynaak ?
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L'Organisation villageoise sénégalaise Nqel Jab (lire “Ngel Djab”), que nous appelons encore Concertation des Jeunes Architectes du Bien aura 10 ans le 30 septembre 2009. Notre ennemi collectif au village est encore là : le mal sous les visages du chômage, de la précarité des activités économiques (agriculture et élevage traditionnels) dépendant d'une nature devenue imprévisible Mais quelque chose est en train de changer au village et positivement : les Architectes du Bien de Nqel Jab sont convaincus maintenant par les faits, que s'ils se regroupent, travaillent et épargnent collectivement au niveau des institutions financières de la Place malgré la modestie de leurs revenus individuels, ils pourraient bénéficier de prêts pour réaliser des projets économiquement rentables. Nous sommes aussi convaincus qu'ils nous faut s'inscrire dans de nouveaux types d'activités économiques moins conditionnées par la nature : à l'image du projet ECOSEN que nous avons contribué à lancer, grâce à celui-ci la culture traditionnelle et la créativité locale sont encouragés, et permet dans le même temps aux membres de Nqel Jab de bénéficier d'un apport de fonds régulier et utile à leurs ambitions. L'aviculture est une activité économique rentable à la portée de l'expertise de nos membres qui viennent de mettre leurs premiers poulets de chair sur le marché local avec une première expérience bien réussie grâce à des fonds venus d'Architectes du Bien vivant en Belgique. Avec les Architectes du Bien, c'est un nouveau monde qui commence... Un monde d'abondance, de justice,de liberté et de paix... A bientôt Samba Gnane Président du GIE NQEL JAB
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Article paru dans LeSoleil du 13 Mai 2009 De plus en plus, l’espace de la micro-finance s’enrichit de nouveaux acteurs, offrant ainsi aux usagers plus de possibilités d’accès aux crédits. Certains, reconnaissant l’importance du rôle de ces institutions, considèrent cependant que les taux appliqués restent encore élevés. DES EXIGENCES ASSOUPLIES En revanche, des structures comme Acep ou Microcred prennent seulement en compte l’activité économique. « L’épargne préalable n’est pas une obligation pour obtenir un crédit. Néanmoins, l’ouverture d’un livret d’épargne est obligatoire pour accéder aux autres produits et services », dit Mme Aïssatou Faye Fall de Microcred, la responsable marketing et communication. Souleymane Sarr de l’Acep dit la même chose. « Si vous avez une activité économique, vous pouvez bénéficier d’un prêt chez nous. » Mais avant d’accorder un prêt, ces deux structures font une enquête sur le terrain, en plus de l’entretien avec le demandeur. « C’est pour un complément d’information seulement », rassure Mme Fall qui note l’exigence de résidence de l’emprunteur d’au moins six mois au lieu de son activité et d’innocuité de celle-ci à l’environnement. « Ce dernier point est très important pour Microcred », insiste-t-elle. Le montant du crédit est déterminé par la nature et l’importance de l’activité. Il diffère suivant les structures. Les sommes prêtées peuvent aller de 25.000 francs à des dizaines de millions. A titre d’exemple, elles sont comprises entre 25.000 francs Cfa à 3 millions de francs pour les caisses de base au Pamecas, c’est-à-dire les caisses de proximité. Alors qu’elles sont de l’ordre de 100.000 à 5 millions francs Cfa à Microcred. Le taux d’intérêt constitue un autre élément de différenciation. A ce niveau, il est difficile d’avoir une idée réelle sur les taux appliqués, peut-être pour des raisons de stratégies commerciales. Une chose est cependant sûre, toutes les institutions de microcrédit respectent la législation en la matière. Les taux appliqués sont loin du taux plafond qui est de 27 %. Malgré tout, le chef de l’Etat trouve ce taux usurier. « Nous avons des charges à supporter, ce qui justifie le taux d’intérêt que nous appliquons qui est d’ailleurs dégressif », explique Moussa Gassama. Sans compter les prêts non remboursés que les structures de micro-finances doivent supporter, ajoute-t-il. VIEUX DÉBAT SUR LE TAUX D’INTERET Sur ce point, les institutions de micro-finance ont su développer une approche novatrice basée sur la concertation, la conciliation et, dès fois, le rééchelonnement. « A chaque fois que nous avons un client qui n’honore pas ses engagements, nous essayons d’en voir les raisons », indique Souleymane Sarr. En ajoutant « nous privilégions le règlement à l’amiable pour permettre au client de se tirer d’affaire ». La même philosophie sous-tend la démarche de Pamecas qui a une méthode originale pour faire rembourser les mauvais payeurs ou les « récalcitrants ». Si un client reste quelques mois sans payer, sa photo est affichée au siège de la caisse où il avait effectué le prêt. « Ça marche si bien que certains se plaignent de la méthode », indique le chef du service social et communication, en insistant sur le fait que les agents de sa structure n’y ont recours qu’en dernier lieu. Destinées à un certain public, les institutions de micro-finance ont vu leur clientèle s’élargir. Presque toutes les couches socioprofessionnelles ont recours à leurs services, avec une place de choix pour les femmes. Celles-ci représentent plus de 52 % de la clientèle et sont « souvent plus aptes à conduire un entreprenariat fécond ». « Elles ne sont pas moins de 72.000 femmes qui bénéficient de nos services », dit Mouhamet Ndiaye du Crédit mutuel sénégalais. A côté de cette catégorie de clients, il y a les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, l’artisan, le petit commerçant installé au coin de la rue, etc. Les fonctionnaires font actuellement partie de leur clientèle. « Il y en a même certains qui ont domicilié leur salaire chez nous », révèle M. Ndiaye. Aujourd’hui, pour satisfaire une clientèle qui grandit de jour en jour, les institutions de micro-finances densifient leur réseau par une politique de maillage du territoire national. Dans toutes les régions du Sénégal, on trouve une caisse d’épargne et de crédit de proximité. S’y ajoute une diligence dans le traitement des dossiers et un service d’accueil qui inspire confiance aux usagers. « Nous avons une charte pour l’accueil des clients, mais aussi nous tenons beaucoup à l’image de nos agences », déclare M. Ndiaye du Cms. « Nos grand-mères n’ont plus peur de s’arrêter ou d’entrer dans une institution financière », renchérit Moussa Gassama. Une politique qui s’insère dans la Lettre de politique sectorielle de la micro-finance. Mamadou GUEYE et Amadou Maguette NDAW
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Article paru dans Le Monde du 7 Janvier 2009 CASAMANCE ENVOYÉ SPÉCIAL Le bombolong est là ! Sorti à l'occasion d'événements importants, le grand idiophone à fente, taillé dans un tronc, résonne de toutes ses basses. A Diakène, en Basse Casamance (Sénégal), tout le village est rassemblé pour danser et chanter le début de l'opération de reboisement de la mangrove. Car la Casamance souffre de la disparition progressive de la mangrove. Les témoignages des pêcheurs le prouvent : pour remplir leurs filets, ils doivent aller de plus en plus loin. Les terres cultivables sont également appauvries par le sel. Une perte de superficie de 20 % en un quart de siècle Les mangroves ont perdu quelque 20 % de leur superficie dans le monde en un quart de siècle (entre 1980 et 2005), estime l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). De tous les continents, c'est l'Asie, avec plus de 1,9 million d'hectares perdus, qui a le plus souffert de la destruction de ces écosystèmes. Mais l'Amérique centrale et du Nord et l'Afrique n'ont pas été épargnées, où la conversion en zones d'aquaculture, l'agriculture, le tourisme et, bien sûr, la pression démographique ont contribué à la progressive disparition des mangroves. La conséquence de leur suppression aboutit non seulement à une diminution de la biodiversité mais aussi à une intrusion du sel dans les zones côtières, a alerté la FAO. Haïdar El-Ali, président de l'Océanium, association de protection de l'environnement basée à Dakar, ne l'oublie pas quand il prend la parole : "Ici, il y a vingt ans, les anciens vous diront que l'on ne voyait pas le ciel tellement les arbres étaient nombreux. Ici, il y a vingt ans, les hommes qui partaient en mer revenaient au village avec de gros poissons en abondance. Aujourd'hui, nous sommes tous là pour sauver cet environnement qui meurt. Et nous allons le faire dans plus de cent villages de Casamance. Nous allons replanter ensemble la mangrove pour faire revenir les poissons et protéger du sel les terres où pousse votre riz. Vous verrez toute la générosité que peut donner à nouveau la nature." PLUS DE 6 MILLIONS DE PALÉTUVIERS Cette scène s'est reproduite des dizaines de fois pendant des semaines, en Casamance, jusqu'au début du mois de novembre 2008. Pendant l'hivernage, la saison des pluies, 6,3 millions de propagules de palétuviers (Rhizophora) ont été plantées sur quelque 1 260 hectares, à raison de 5 000 plants par hectare. En tout, 110 villages, du nord au sud et de l'ouest à l'est de la Casamance, soit 5 400 km2, ont participé bénévolement à cette campagne, représentant plus de 10 000 planteurs. L'objectif initial des cinq millions de palétuviers a donc été largement dépassé. Préparée depuis des mois grâce aux campagnes de sensibilisation organisées dans les zones concernées avec un camion cinéma projetant des films réalisés par l'Océanium, gérée en accord avec les autorités villageoises afin d'éviter de se heurter aux activités communautaires telles que le repiquage du riz qui nécessite une main-d'oeuvre importante, l'opération Casamance constitue une véritable réussite. Pour Jean Goepp, coordinateur de l'ensemble du projet au sein de l'Océanium, "tout a commencé en 2006, lorsque nous avons planté 65 000 propagules dans un coin complètement sinistré, à Tobor. Et elles ont pris ! Pour nous, l'essentiel était de faire prendre conscience aux populations que planter des arbres est à la portée de tout le monde. Située près d'une route fréquentée, cette première plantation a fait parler d'elle. Des représentants villageois sont venus pour nous demander de planter près de chez eux. En 2007, nous avons donc multiplié pratiquement par dix le nombre de plants pour atteindre les 500 000." Soutenue financièrement par la Fondation Ensemble et par la FIBA (Fondation internationale du banc d'Arguin) dès 2007, le projet 2008 a nécessité des moyens beaucoup plus importants. Près de 70 % du budget total de 130 000 euros ont été apportés par la Fondation Yves-Rocher, 15 % par Village Projects International, le reste avec l'aide de partenaires plus modestes comme la Fondation Marie et Alain Philippson et Kirène. Au-delà des résultats obtenus en 2008 (80 % des propagules prennent racine), Haïdar El-Ali et Jean Goepp se projettent déjà sur la prochaine opération de l'hivernage 2009. Et comme, depuis 2007, l'objectif comptable consiste à multiplier sensiblement le nombre des plantations, ils espèrent atteindre - et qui sait dépasser - les 30 millions d'arbres plantés. Pour atteindre un tel chiffre, trois deltas seraient concernés : le Saloum, le fleuve Gambie et la Casamance, bien sûr... La Fondation Yves-Rocher a déjà assuré l'Océanium de son soutien financier et Danone serait intéressé. En plus de la Gambie, la Guinée-Bissau pourrait participer à la prochaine campagne. Les mangroves de l'Ouest africain, fragiles écosystèmes parmi les plus productifs en biomasse de la Terre et véritables nurseries naturelles pour la faune et la flore, entameraient alors une toute nouvelle jeunesse. Olivier Herviaux Repères Palétuviers. L'arbre de la mangrove par excellence ; une des rares espèces capables de résister dans ces marécages côtiers que sont les mangroves. Littoral. Les mangroves sont concentrées sur les zones littorales tropicales où les arbres et autres végétaux poussent donc en milieu salin. Nurseries. Ils constituent un lieu de reproduction idéal des espèces, en même temps qu'ils offrent une protection importante contre l'érosion des sols mais aussi contre les ouragans. Marées. Elles contribuent à faire prospérer les mangroves, qui ont besoin à la fois de l'eau douce des fleuves et de l'eau salée. La première enrichit le marécage tandis que la seconde nourrit la forêt.
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Article publié par PANAPRESS le 18 Juin 2006 Le ministre sénégalais des Petites et moyennes entreprises, de l'Entreprenariat féminin et de la Micro- finance, Marie Pierre Sarr Traoré, a estimé samedi à Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, que la promotion de la micro-finance peut aider à la réduire la pauvreté au Sénégal. S'exprimant lors d'une cérémonie marquant la relance des activités de l'association "And Naatal Sénégal" (Ensemble pour développer le Sénégal), Mme Traoré a déclaré que le gouvernement du Sénégal encourage le renforcement des capacités des femmes dans les domaines de l'entreprenariat et du développement des Petites et moyennes entreprises (PME). Elle a indiqué que "c'est pour matérialiser cette volonté du président Abdoulaye Wade d'aider les femmes", que le gouvernement a mis en place un Fonds de promotion de l'entreprenariat féminin. "And Naatal Sénégal", créé en 2000, a élaboré pour la période 2006- 2011, un programme de lutte contre la pauvreté et le sous-emploi, indique la présidente de l'association, Mme Aminata Sall Samb. Elle a souligné que le programme est articulé autour de la micro- finance, du renforcement des capacités des bénéficiaires et de l'accès aux services sociaux de base.
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Article publié dans Le Monde le 20 Janvier 2006 Baba Sarr attendait ce moment depuis des années. Lorsqu'il a appris le retour du Bou-el-Mogdad sur le fleuve Sénégal, il n'a pas hésité à quitter de nouveau son village et ses neuf enfants pour rejoindre l'équipage du bateau, qui assure depuis octobre la liaison entre Saint-Louis et Podor. A 74 ans, Baba Sarr a effectué pratiquement tous les voyages de cet ancien navire fleuron des Messageries du Sénégal, mis en service en 1954 pour le transport des passagers et des marchandises et parti jouer les navires de croisière sur d'autres eaux dans les années 1980, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone et dans la région sénégalaise du Sine Saloum. Boubou en coton et chapeau tonkinois vissé sur la tête, Baba tient fièrement la barre au côté du commandant Bakaly Kébé : "C'est mon fleuve, j'y suis né. Il n'y a pas un endroit où je ne me sois pas arrêté, tout le monde me connaît sur les rives." A chacune des escales sur la route des anciens comptoirs, il retrouve l'effervescence colorée des arrivées à quai dans la clameur des cris d'enfants. Le retour du bateau sur les eaux du Sénégal a mobilisé les foules avec la réouverture du pont Faidherbe, cette sorte de tour Eiffel couchée édifiée en 1897 qui relie l'île de Saint-Louis au quartier de Sor et dont la travée tournante était restée immobile pendant près de vingt ans. "Le Bou-el-Mogdad pourrait à nouveau servir de lien entre les populations des villages, en assurant comme avant la distribution du courrier, surtout en période d'hivernage, où les routes sont impraticables", plaide le Saint-Louisien Jean-Jacques Bancal, à l'origine, avec d'autres amoureux du fleuve, de la réhabilitation du bateau. Modifié par de nombreux barrages destinés à endiguer la remontée du sel dans le delta, le Sénégal n'est plus ce fleuve emprunté par "de longues pirogues à éperons, à museau de poisson et à tournure de requin", décrit dans Le Roman d'un spahi que Pierre Loti rédigea en 1881 quelques années après un séjour à Saint-Louis. Avec ses 51 mètres de long et sa capacité d'accueil d'une cinquantaine de voyageurs, le Bou-el-Mogdad est aujourd'hui la seule embarcation de taille à desservir cette portion du plus grand cours d'eau du pays, qui prend sa source dans le Fouta-Djalon, en Guinée. D'où un sentiment d'immensité et de temps suspendu sur ces eaux qui bordent le désert mauritanien, avant de rejoindre l'Atlantique. C'est sur ce cordon de sable, qui s'étire entre fleuve et océan sur une vingtaine de kilomètres, que se trouve le quartier Guet N'dar, l'un des plus pittoresques de Saint-Louis. Une fois passées les ruelles, où vélomoteurs et carrioles à cheval tentent de se frayer un chemin au milieu des chèvres et des parties de foot improvisées, l'arrivée sur la plage offre un spectacle saisissant. Dans une atmosphère saturée par les odeurs âpres et les fumées troubles de chaudrons bouillonnants, les femmes font sécher au soleil les quelque 30 000 tonnes de poissons ramenés chaque année par les pêcheurs et expédiés une fois transformés vers Dakar. Ailleurs, le temps semble figé dans l'ancienne capitale de l'Afrique occidentale française, où subsistent des témoignages des heures sombres de l'esclavage. Les façades rongées par le sel rappellent le passé colonial, comme l'ancienne demeure des soeurs de Cluny, rue Blaise-Dumont, et son escalier à double révolution, qui servit de décor au film Coup de torchon de Bertrand Tavernier ou encore l'Hôtel de la Poste, escale favorite de l'aviateur Mermoz aux grandes heures de l'Aéropostale. Même si Saint-Louis est inscrite depuis six ans au Patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, sa rénovation peine à démarrer. Passé le barrage de Diama, à 20 kilomètres au nord de la ville, le fleuve suit paresseusement son cours jusqu'à l'embouchure du Djoudj, une rivière qui constitue le premier point d'eau douce rencontré par les oiseaux après la longue traversée du Sahara. Troisième réserve ornithologique au monde classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1980, le parc national du Djoudj accueille plus de trois millions d'oiseaux venus hiverner entre novembre et avril. Il faut approcher les marécages en pirogue aux premières lueurs de l'aube, lorsque le ciel mauve caresse les étendues de joncs, pour observer à loisir la chorégraphie des ibis noirs, hérons cendrés, cigognes, oies de Gambie, aigles pêcheurs et autres canards siffleurs. Gardien du parc depuis 1973, Insa Ngom a recensé 365 espèces dans la cuvette du Djoudj. Au loin, on aperçoit les potamochères détaler derrière les mangroves, tandis que les frêles jacanas glissent gracieusement sur les nénuphars et la salade d'eau. La vision la plus étourdissante est celle des colonies de pélicans qui forment une marée blanche et orange à perte de vue. Plus haut sur le fleuve, le périple se poursuit vers les villages wolofs de Dagana ou de Richard Toll, d'anciens comptoirs jadis réputés pour le commerce de la gomme arabique convoyée en caravane à travers le désert de Mauritanie. Richard Toll (le jardin de Richard, en wolof) tient son nom d'un fonctionnaire français qui tenta quelques expériences agricoles auprès du baron Roger, gouverneur civil de 1822 à 1827. Avec ses colonnades néoclassiques envahies par les mauvaises herbes et sa façade décrépite, la folie édifiée par le baron a le charme de ces vieilles bâtisses léchées par les vents qui tentent péniblement de résister aux années. Le silence des lieux contraste avec l'animation de cette bourgade industrieuse de 60 000 habitants, dont près du quart travaillent pour la Compagnie sucrière sénégalaise. Il faut se promener dans les quelque 8 000 hectares de la plantation sucrière pour assister au brûlage des cannes dans des vapeurs sucrées. Un parfum caramélisé qui reste en mémoire jusqu'à l'arrivée à Podor, où le fort de terre ocre joue les citadelles fantômes aux marges sahéliennes du fleuve. Anne-Laure Quilleriet
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Article publié dans Le Monde du Jeudi 29 Novembre 2007 Sous l'auvent tendu pour l'occasion, qui protège du soleil encore mordant du début de la saison sèche au Sénégal, elles sont entre 300 et 400, assises en rangs serrés et silencieuses, nerveuses à l'idée de devoir prendre la parole en public. Venues de toute la région de Thiès, une grosse métropole agricole à 50 km de Dakar, elles ont fait des heures de route à bord de taxis-brousse brinquebalants et bondés, pour participer à l'assemblée générale de Femme développement entreprise en Afrique (FDEA), l'une des principales ONG du pays, spécialisée dans le microcrédit pour les plus pauvres, exclus du système bancaire. Drapées dans les boubous des jours de fête, qui enserrent de très jeunes enfants, elles sont venues dire comment l'accès au crédit, et la formation qu'elles ont en même temps reçue pour apprendre à lire, à écrire et à gérer leurs pécules, a changé leurs conditions de vie, et celles de leur famille. Awa s'est acheté un mouton et un boeuf avec son premier crédit de 50 000 francs CFA, l'équivalent de 76 euros. Elle se retrouve aujourd'hui à la tête d'un élevage de 50 bêtes et d'un prêt de 1 million de CFA, soit 1 525 euros, pour à peu près autant d'épargne. Coumba, partie d'un petit commerce de mangues avec la Casamance, possède désormais, avec un groupement de femmes, tout un verger de papayes, de grenades et de corossols dans la commune du Pout, proche de Thiès. Et Adja, qui dirige un atelier de confection de cinq employés à Tivaouane, vend ses boubous aux notables de Dakar et songe à exporter une partie de sa production au Mali. Devant l'assemblée des femmes, encouragées par de sonores "sorokolés" (hourras, en wolof), toutes commencent par remercier la FDEA de leur avoir fait confiance quand " elles n'avaient que leur parole à donner ". Puis, elles expliquent que leur plus grande satisfaction, c'est d'avoir obtenu un statut social. "Avant, c'étaient les maris qui se levaient le matin et rapportaient l'argent, eux qui avaient le compte en banque. On était rejetées du système, raconte Awa, en wolof, mais maintenant, on a une activité qui nous permet d'acheter de la nourriture pour nos familles et du mobilier pour nos maisons." Adja, de Tivaouane, renchérit : "C'est fini le temps où les femmes dépendaient de leur mari. On ne pouvait pas rester à tendre la main. Aujourd'hui, c'est nous qui avons les millions. Et les hommes nous regardent autrement !" De fait, à travers le microcrédit, c'est de reconnaissance sociale qu'il s'agit. Au calme dans son petit bureau d'un quartier tranquille de Dakar, enfoui sous les bougainvilliers, Soukeyna Ndiaya Ba, présidente de la FDEA depuis vingt ans, ne cache pas sa fierté d'avoir fait du microcrédit un vecteur de promotion des femmes sénégalaises, quand celles-ci étaient cantonnées à des seconds rôles dans l'économie informelle. L'ancienne ministre à la coopération décentralisée du gouvernement d'Abdoulaye Wade - de 2002 à 2005 - , tout à la fois mère nourricière et porte-drapeau des femmes sénégalaises, explique : "Ce que vous voyez là va bien au-delà du crédit. Ces femmes ont gagné une place dans la société. Les hommes ont eu du mal à accepter leur changement de statut et nous avons rencontré beaucoup de résistance. Mais ils sont maintenant devenus nos meilleurs avocats ! Je crois qu'ils sont fiers d'elles." Avec l'ensemble des institutions de microfinance présentes au Sénégal, Mme Ba attend désormais de l'Etat qu'il "prenne en compte le travail dans l'évaluation de la croissance du pays". "Les femmes, souligne-t-elle, comptent pour plus de la moitié de la population sénégalaise. Elles créent des emplois et représentent, d'après les estimations, 60 % du secteur informel. Elles vont jouer un rôle important dans le développement économique. " A 51 ans, Adja, mère de neuf enfants qu'elle élève seule à Tivaouane - et, précise-t-elle, "habituée, en tant que présidente d'une association religieuse, à parler devant les marabouts" -, est bien d'accord. Elle revendique un rôle central pour les femmes dans l'économie. Ce sont elles "qui détiennent la clé pour lutter contre la pauvreté", soutient Adja. Elle raconte comment, dans les quartiers où les femmes ont pu accéder au crédit, se sont développés des îlots de prospérité qui irriguent les zones avoisinantes. Adja attend de la FDEA qu'elle aille plus loin. En augmentant ses crédits pour financer de plus gros projets de développement, plafonnés à 1 million de francs CFA par emprunteur, soit à 1 525 euros. En permettant l'éducation des enfants, "l'un de nos principaux soucis" glisse-t-elle, dans un pays où l'école est obligatoire jusqu'à 14 ans mais où l'analphabétisme touche encore 60 % de la population. Et en aidant à l'achat de logements, une revendication générale dans le pays, où, dans les quartiers populaires, l'habitat en dur peine à gagner face aux bidonvilles. Pour Jean-Philippe Jolly, responsable des programmes socio-économiques de Groupe développement - une ONG cofondée en 1979 par Air France, UTA et Air Gabon avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), qui subventionne la FDEA et une quarantaine d'autres ONG locales dans le monde -, ces revendications témoignent des espoirs croissants des femmes. "Pour elles, estime-t-il, l'accès au crédit représente l'occasion de mettre fin à leur marginalisation dans la société, car elles restent les premières victimes de l'analphabétisme - 70 % des femmes seraient concernées - et n'ont accès à aucune ressource financière. " Le microcrédit, pour M. Jolly, n'est pas un "feu de paille", mais "un moyen efficace, parmi d'autres, d'apporter une aide durable aux plus pauvres des pauvres, en les sortant de la misère sans faire de l'assistanat". Dans ce pays où 93 % de la population est de confession musulmane, mais qui pratique un islam modéré, l'émancipation des femmes par le travail paraît désormais bien acceptée. "Les femmes portent tout le fardeau de la famille sur leurs épaules, les enfants et l'alimentation, explique M. Jolly. Le fait qu'elles exercent une activité économique est bienvenu, d'autant que leur argent est entièrement réinvesti dans la famille et sert à améliorer le niveau de vie. Les hommes, s'ils gagnent un peu d'argent, ont tendance à s'offrir une autre voiture..., voire une seconde femme, même si la polygamie tend à reculer en milieu urbain." Le mouvement lancé par la FDEA au Sénégal a été copié dans d'autres pays d'Afrique, et on vient " de très loin " lui demander conseil, assure Mme Ba. Surtout, elle est de plus en plus courtisée par les grands partis politiques du pays. A gauche comme à droite, les ténors politiques prennent la mesure de la popularité de l'ex-membre du gouvernement, débarquée en 2005 en même temps que les autres représentants de la société civile, et, surtout, de l'important réservoir de voix dont elle dispose : les 200 000 femmes qui sont passées par son association et sont tenues d'emprunter par groupe de cinq ont tissé entre elles un réseau solidaire. Oumar Diagne, adjoint d'Idrissa Seck, maire de Thiès et ancien premier ministre, confirme qu'il n'est pas possible d'ignorer le mouvement amorcé. Non sans avoir souligné que "la ville et son maire sont prêts à aider Mme Ba et la FDEA", il se réjouit de voir l'association "aider les femmes à aller de l'avant". "Ce que fait Mme Ba, c'était à la commune de le faire, reconnaît-il, c'est une vraie réussite, pas de la publicité qu'on entend à la radio. Celles qui portent les foulards vont bientôt prendre le pouvoir et nous les y aiderons. " Un autre élu de la commune du Pout estime que les associations de microfinance "contribuent à améliorer les conditions de vie de la population la plus défavorisée". " Ici, témoigne le jeune conseiller municipal Malick Ndaye, 80 % de l'activité économique repose sur les femmes, mais comme il s'agit le plus souvent d'économie informelle, elles n'ont pas accès aux banques. On ne leur ouvre pas la porte. Le microcrédit est la meilleure solution pour les insérer dans la société." Conscientes de leur poids collectif, les femmes pressent Mme Ba de s'engager en politique, pour défendre leurs intérêts. "Il faut qu'elle y aille, qu'elle ne s'arrête pas en si bon chemin, on est toutes derrière elle, elle est battante et généreuse et offre même des voyages à La Mecque aux plus méritantes, ce dont chacune de nous rêve ici ! On a beaucoup à faire pour arriver à une égalité hommes-femmes, pour mettre une femme derrière chaque homme", s'enflamme l'une d'elles. Mme Ba rappelle que sa priorité est de poursuivre le travail entrepris depuis deux décennies. Elle veut attirer de nouveaux investisseurs dans son aventure, afin de passer à la vitesse supérieure et financer l'achat de logements décents pour "la nouvelle génération de femmes" qu'elle voit déjà arriver. Anne Michel, envoyée spéciale au Sénégal.
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