Article publié dans lemonde.fr le 30 Juillet 2010 Les dérives et détournements du microcrédit De belles photos d'emprunteurs pauvres ; une mission proclamée dès les premières pages : "éradiquer la pauvreté". Une croissance exponentielle : 6,8 millions de clients, contre 600 000 il y a quatre ans. La lecture des premières pages du rapport annuel 2010, clos à fin mars, de l'établissement indien SKS Microfinance est impressionnante. Plus loin, cependant, une drôle de surprise apparaît. Des plans de stock-options, distribués au cours du dernier exercice, y sont détaillés. En effet, cette institution de microfinance (IMF) s'introduit à la Bourse de Bombay, où elle espère lever jusqu'à 354 millions de dollars. Le placement de ses actions a commencé mercredi 28 juillet. L'initiative révulse Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank et Prix Nobel de la paix, pour qui elle "met en danger" la mission du microcrédit, l'engageant dans la voie des "requins du crédit". Lui, prône le "social business", l'entreprise à finalité sociale reposant sur l'équilibre de gestion et le "zéro profit". Ce devrait être cela, le microcrédit et la mission des IMF. Or, ces dernières années, la croissance du microcrédit a été très rapide largement en raison de sa financiarisation, qui a mis sous pression son fonctionnement. Certains opérateurs ont dérivé : moindre suivi des clients, risque accru de surendettement, méthodes de recouvrement parfois très contraignantes... La microfinance des origines avait été snobée par les financiers, pour qui l'adage était encore : "Celui qui prête aux pauvres prête à rire." Depuis, ils ont été alléchés par ses promesses de rentabilité. Des titrisations de créances de microcrédit sous la forme d'obligations adossées à des actifs ont même été menées, avant la crise, exactement comme pour les prêts subprimes américains... Sur les marchés, les IMF se refinancent à des taux souvent proches de 10 %. Elles doivent aussi couvrir le coût de l'inflation locale, de leurs provisions pour risques et de leur fonctionnement. Viser en plus un objectif de rentabilité élevé les fait entrer dans une spirale dangereuse. La cotation en Bourse de l'IMF mexicaine Compartamos, en 2007 - dont le cours avait été multiplié par quatorze -, a illustré à l'excès cette dérive: en abaissant le niveau de rentabilité de 56 % à 15 %, les taux facturés aux clients auraient pu être abaissés de près d'un tiers, a calculé Elodie Parent, chargée de mission chez Proparco (groupe Agence française de développement). S'il doit tendre vers l'équilibre de gestion, le microcrédit peut difficilement servir, en même temps, ses clients pauvres et être un bon investissement boursier. Un engagement financier plus fort des institutions multilatérales et des agences de développement lui serait bénéfique. Les ancêtres européens des IMF - établissements mutualistes, caisses d'épargne et de crédit - se sont progressivement enrichis avec leurs clients. Lentement. Beaucoup ont fini par banaliser leur mission, pas toujours avec bonheur. Certaines IMF, elles, n'attendent même pas.
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Article publié dans rue89.com le 7 Février 2010 L'inventeur du microcrédit rencontrait journalistes et blogueurs à Paris, lors d'une séance contrôlée de près par Danone. Une rencontre éclair, un blogueur audacieux rembarré pour avoir tenté de poser deux questions, une séance « photo souvenir » à la fin de l'entretien, des fans tentant de l'approcher et lui réclamant des autographes, le passage jeudi de Muhammad Yunus en rock star au Grand Rex, à Paris profite-t-il au débat sur le micro-crédit ? « Vous, vous voulez l'interroger sur ses impressions lors de son séjour à Paris ? » Avant la rencontre, la question de l'attachée de presse de Danone nous avait un peu surpris, à la rédaction. Merci, mais on voudrait plutôt l'interroger sur les questions que soulève le micro-crédit, et ses risques de dérive. A la fin de la rencontre, une photo souvenir pour les « interviewers » Pour approcher le prix Nobel de la paix et fondateur de la Grameen Bank à l'occasion du point presse « nouveaux médias » organisé par Danone à l'issue d'un débat au Grand Rex, je ne devais donc ne poser qu'une seule question, envoyée à l'avance. La séance n'aura duré que neuf minutes… C'est donc Danone qui organise l'opération. Logique : Muhammad Yunus a créé avec le groupe en 2006 la Grameen Danone Food, une usine de yaourts « sociale », dans le Nord du Bangladesh. « Danone Communities a organisé cette soirée. Ils n'ont pas de service presse, on s'en est donc chargé », répond Marie-Liesse Calmejane, responsable des relations presse de Danone. L'envoi des questions à l'avance ne constituait pas du tout, selon elle, une volonté d'éviter les critiques : « Ce n'était pas du tout une volonté de validation ! Il y avait peu de temps, c'était juste une question d'organisation, pour éviter des frustrations et pour que tout le monde puisse poser sa question. » Interrogé sur sa relation avec Danone, Muhammad Yunus répond : « On me demande souvent si Danone m'utilise, mais c'est moi qui utilise Danone. Avant de travailler avec eux, personne ne connaissait le “social business”, maintenant tout le monde sait ! » « Il y a un “black out” sur les dérives du microcrédit » Alors que Muhammad Yunus est devenu la figure du micro-crédit, dans les ONG attachées à son développement, on s'inquiète que le « Yunus Show » n'éclipse les interrogations de ce secteur en développement. Un responsable d'une ONG de micro-crédit s'inquiète du silence du prix Nobel sur les risques de dérives du microcrédit : « Muhammad Yunus a développé le microcrédit, c'est génial mais il y a un “black out” sur les dérives. La clé du microcrédit, c'est le suivi de l'activité économique de ceux à qui on prête. De plus en plus de prêts sont utilités comme du crédit à la consommation. Il faut faire attention à ne pas se retrouver avec des familles en situation de surendettement. Beaucoup d'agents d'organismes de microcrédit sont payés à la quantité de prêts qu'ils octroient. Ils les multiplient sans se préoccuper du suivi ! » Yunus : « Tout le micro-crédit s'en est trouvé sali » Il préfère que son nom et le nom de son ONG ne soient pas mentionnés. « Ce serait compromettre nos chances de développement auprès de tous ceux qui ne jurent que par Yunus. » J'ai demandé à Muhammad Yunus si les institutions de microcrédit s'écartaient de leur mission sociale. Sa réponse, qu'on voit dans la vidéo : « Oui, je suis d'accord avec vous et je m'en plains. Le microcrédit est devenu populaire, tout le monde l'a apprécié et certains ont exploité cette popularité dans leur propre-intérêt. Ils ont commencé à mal l'utiliser, à en abuser. Et tout le micro-crédit s'en est trouvé sali. Ce n'est plus très clair. Il faut qu'on trace une ligne. Qu'est-ce qui est du ressort du micro-crédit, qu'est-ce qui ne l'est pas. Cette ligne doit être déterminée clairement. » _____________________________________________ Zineb Dryef
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Article publié dans lemonde.fr le 9 Janvier 2010 Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s'organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s'aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l'arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno-politico-religieux tendant à se développer en guerres de civilisation. L'amplification et l'accélération de tous ces processus peuvent être considérées comme le déchaînement d'un formidable feed-back négatif, processus par lequel se désintègre irrémédiablement un système. Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible est la métamorphose. Qu'est-ce qu'une métamorphose ? Nous en voyons d'innombrables exemples dans le règne animal. La chenille qui s'enferme dans une chrysalide commence alors un processus à la fois d'autodestruction et d'autoreconstruction, selon une organisation et une forme de papillon, autre que la chenille, tout en demeurant le même. La naissance de la vie peut être conçue comme la métamorphose d'une organisation physico-chimique, qui, arrivée à un point de saturation, a créé la méta-organisation vivante, laquelle, tout en comportant les mêmes constituants physico-chimiques, a produit des qualités nouvelles. La formation des sociétés historiques, au Moyen-Orient, en Inde, en Chine, au Mexique, au Pérou constitue une métamorphose à partir d'un agrégat de sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs, qui a produit les villes, l'Etat, les classes sociales, la spécialisation du travail, les grandes religions, l'architecture, les arts, la littérature, la philosophie. Et cela aussi pour le pire : la guerre, l'esclavage. A partir du XXIe siècle se pose le problème de la métamorphose des sociétés historiques en une société-monde d'un type nouveau, qui engloberait les Etats-nations sans les supprimer. Car la poursuite de l'histoire, c'est-à-dire des guerres, par des Etats disposant des armes d'anéantissement, conduit à la quasi-destruction de l'humanité. Alors que, pour Fukuyama, les capacités créatrices de l'évolution humaine sont épuisées avec la démocratie représentative et l'économie libérale, nous devons penser qu'au contraire c'est l'histoire qui est épuisée et non les capacités créatrices de l'humanité. L'idée de métamorphose, plus riche que l'idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l'héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s'il semble possible d'en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l'Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions : bouddhisme, christianisme, islam. Le capitalisme se développa en parasite des sociétés féodales pour finalement prendre son essor et, avec l'aide des royautés, les désintégrer. La science moderne s'est formée à partir de quelques esprits déviants dispersés, Galilée, Bacon, Descartes, puis créa ses réseaux et ses associations, s'introduisit dans les universités au XIXe siècle, puis au XXe siècle dans les économies et les Etats pour devenir l'un des quatre puissants moteurs du vaisseau spatial Terre. Le socialisme est né dans quelques esprits autodidactes et marginalisés au XIXe siècle pour devenir une formidable force historique au XXe. Aujourd'hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer. Tout en fait a recommencé, mais sans qu'on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d'initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie. Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n'en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Il s'agit de les reconnaître, de les recenser, de les collationner, de les répertorier, et de les conjuguer en une pluralité de chemins réformateurs. Ce sont ces voies multiples qui pourront, en se développant conjointement, se conjuguer pour former la voie nouvelle, laquelle nous mènerait vers l'encore invisible et inconcevable métamorphose. Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d'alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper. L'orientation mondialisation/démon-dialisation signifie que, s'il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s'il faut que se constitue une conscience de "Terre-patrie", il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l'alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales. L'orientation "croissance/décroissan-ce" signifie qu'il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l'économie plurielle dont l'économie sociale et solidaire, les aménagements d'humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d'objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage). L'orientation développement/envelop-pement signifie que l'objectif n'est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l'efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d'autrui, de l'amour et de l'amitié. Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l'urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. Ce à quoi nous essayons de contribuer. Quelles sont les raisons d'espérer ? Nous pouvons formuler cinq principes d'espérance. 1. Le surgissement de l'improbable. Ainsi la résistance victorieuse par deux fois de la petite Athènes à la formidable puissance perse, cinq siècles avant notre ère, fut hautement improbable et permit la naissance de la démocratie et celle de la philosophie. De même fut inattendue la congélation de l'offensive allemande devant Moscou en automne 1941, puis improbable la contre-offensive victorieuse de Joukov commencée le 5 décembre, et suivie le 8 décembre par l'attaque de Pearl Harbor qui fit entrer les Etats-Unis dans la guerre mondiale. 2. Les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité. De même qu'il existe dans tout organisme humain adulte des cellules souches dotées des aptitudes polyvalentes (totipotentes) propres aux cellules embryonnaires, mais inactivées, de même il existe en tout être humain, en toute société humaine des vertus régénératrices, génératrices, créatrices à l'état dormant ou inhibé. 3. Les vertus de la crise. En même temps que des forces régressives ou désintégratrices, les forces génératrices créatrices s'éveillent dans la crise planétaire de l'humanité. 4. Ce à quoi se combinent les vertus du péril : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve." La chance suprême est inséparable du risque suprême. 5. L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie (paradis, puis utopies, puis idéologies libertaire /socialiste/communiste, puis aspirations et révoltes juvéniles des années 1960). Cette aspiration renaît dans le grouillement des initiatives multiples et dispersées qui pourront nourrir les voies réformatrices, vouées à se rejoindre dans la voie nouvelle. L'espérance était morte. Les vieilles générations sont désabusées des faux espoirs. Les jeunes générations se désolent qu'il n'y ait plus de cause comme celle de notre résistance durant la seconde guerre mondiale. Mais notre cause portait en elle-même son contraire. Comme disait Vassili Grossman de Stalingrad, la plus grande victoire de l'humanité était en même temps sa plus grande défaite, puisque le totalitarisme stalinien en sortait vainqueur. La victoire des démocraties rétablissait du même coup leur colonialisme. Aujourd'hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s'agit de sauver l'humanité. L'espérance vraie sait qu'elle n'est pas certitude. C'est l'espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L'origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine. _____________________________________________ Edgar Morin : Sociologue et philosophe. Né en 1921, est directeur de recherches émérite au CNRS, président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco) et président de l'Association pour la pensée complexe. En 2009, iI a notamment publié "Edwige, l'inséparable" (Fayard). A lire également, "La Pensée tourbillonnaire - Introduction à la pensée d'", de Jean Tellez (éditions Germina)
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Article publié dans sendeveloppementlocal.com le 1er Octobre 2009 L’Allemagne a accordé mercredi un don de 37,4 milliards de francs CFA au gouvernement du Sénégal pour soutenir sa politique du microcrédit et des énergies renouvelables. Le gouvernement sénégalais a obtenu ce don au terme de négociations intergouvernementales entre les deux pays, mardi et mercredi à Bonn, précise l’ambassade d’Allemagne au Sénégal dans un communiqué transmis jeudi à l’APS. Par ce don couvrant la période 2009-2011, ‘’l’Allemagne souhaite rendre davantage visible sa contribution à la sortie de crise dans le domaine énergétique. En complément de l’engagement dans l’électrification rurale déjà en cours, l’alimentation en électricité produite à partir des énergies renouvelables sera renforcée’’, ajoute le communiqué. Ce financement doit permettre d’alimenter plusieurs villages en énergie solaire par la construction d’une centrale photovoltaïque ou d’un parc éolien, indique la même source. ’’Dans un pays où la grande majorité des familles dépend du charbon de bois pour se préparer un repas chaud, souligne le gouvernement allemand, une mesure pareille contribue à la protection de la forêt au Sénégal’’. Dans le domaine du microcrédit, Berlin affirme qu’elle veut ‘’offrir à plus d’hommes et de femmes la possibilité de développer leurs propres activités économiques’’. Il est prévu, avec ce financement, la création d’une ‘’banque de distribution de microcrédits’’ au Sénégal, en vue d’‘’atteindre plus de clients dans le monde rural’’.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Yadwane Ngom : Je m’appelle Yadewane Ngom et je suis né le 4 août 1952. E. D. : Depuis quand fais-tu parti du GIE ? Y. N. : Avec le commissaire aux comptes, nous faisons parti du NQEL JAB depuis 2002. E. D. : Quel est ton rôle ? A-t-il toujours été le même ? Y. N. : Je suis Trésorier Général depuis 2002 : j’ai été nommé car j’avais déjà eu des expériences de trésorier par le passé. E. D. : En quoi consiste-t-il ? Y. N. : Je suis responsable de la gestion de l’argent et des relations avec la banque. E. D. : Comment sont gérés les comptes du GIE ? Y. N. : Nous faisons des réunions groupe par groupe pour savoir comment prêter l’argent. Le groupe décide à quels membres doit être prêté l’argent. Certains groupes commencent à pouvoir faire leurs emprunts eux-mêmes car ils ont atteint un certain montant d’épargne. Il y en a 5 exactement: E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? Les déplacements sont très difficiles car certains groupes sont à 2 ou 4 kilomètres et quand je leur rends visite, je dois y passer la nuit. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? Y. N. : Il y a eu beaucoup de changements. La collaboration de Julien nous a beaucoup soutenus : sans lui, le groupe ne pourrait pas avoir ce niveau. Il a apporté des classeurs qui sont des outils de gestion pour chaque groupe : ils nous permettent de voir chaque mois où le groupe en est et également d’avoir une transparence sur nos activités. E. D. : Trouves-tu cette évolution positive ? Y. N. : Le GIE NQEL JAB a pris une bonne orientation. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable pour le développement du village ? Y. N. : Depuis que nous avons commencé à travailler avec ECOSEN, l’organisation de nos groupes s’est améliorée. E. D. : Que souhaites-tu pour le futur du GIE NQEL JAB et d’ECOSEN? Nous souhaitons travailler main dans la main et aller le plus loin possible. ECOSEN est notre partenaire privilégié et nous souhaitons que cela dure. Nous ne cherchons pas d’autres partenaires, celui-ci marche très bien. Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Khangel Ngom : Je m’appelle Khangel Ngom. E. D. : De quel groupe fais-tu parti ? Depuis quand fais-tu parti du GIE ? K. N. : Je fais parti du groupe Mbin Niar. J’ai rejoint le GIE NQEL JAB en 2000. Avant, je faisais des travaux saisonniers à Mbour et à Dakar (laver le linge, aide-ménagère…), comme le font les jeunes aujourd’hui. E. D. : Peux-tu me décrire tes activités dans ton groupe ? K. N. : Au début, j’ai acheté des arachides, des haricots, du mil et quelques fois du petit bétail pour faire du commerce. Aujourd’hui, je m’occupe d’un poulailler et je fais du petit commerce à côté. E. D. : Quel est ton rôle au sein de ton groupe ? En quoi consiste-t-il ? K. N. : Depuis mars 2008, je m’occupe de gérer un poulailler qui a démarré en octobre. (n.b : il y a 3 poulaillers). La gestion du poulailler est un travail bénévole. Nous gérons le poulailler et la vente en collaboration avec Yadwane. L’objectif est d’être autonome quand nous maîtriserons la gestion. E. D. : Depuis que vous avez commencé le poulailler, l’activité a-t-elle augmenté ? Avez-vous plus de volailles ? K. N. : Depuis que nous avons commencé, l’activité a augmenté : en octobre 2008, nous avions 78 poulets et aujourd’hui, nous en avons 100. E. D. : Comment assurez-vous la vente de votre production ? K. N. : De temps en temps, nous les vendons au marché, d’autres fois, ce sont des gens qui viennent au village qui achètent. Nous avons actuellement eu un début de partenariat avec la mission catholique Marie Médiatrice qui nous a acheté notre dernière production. E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? K. N. : La vente des poulets n’est pas toujours facile car nous n’avons pas d’acheteur fixe. E. D. : Qu’est ce que cette activité t’apporte ? K. N. : Avant le poulailler, il y avait ECOSEN et le microcrédit pour faire du petit commerce. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? K. N. : Ca a changé : la pauvreté a diminué. Le microcrédit permet d’avoir de l’argent sans aller faire les travaux saisonniers en ville. E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? K. N. : J’en pense du bien et de la paix : j’espère que ce partenariat ira de l’avant. E. D. : Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable au développement du village ? E. D. : Que pouvez-vous souhaiter pour l’avenir de nos organisations ? K. N. : Je demande et souhaite la santé, la paix et une longue vie, que la richesse et la chance augmentent pour nos deux organisations. Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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ECOSEN DJaM : Peux-tu te présenter ? Yvette Dione : Je m’appelle Yvette Dione et j’ai 36 ans. Je suis la sœur de Félicité, la gérante de l’auberge partenaire d’ECOSEN. E. D. : Où travailles-tu actuellement ? Y. D. : Je travaille à Saly dans l’hôtellerie. E. D. : Quelle formation as-tu suivie ? Y. D. : J’ai fait une formation informatique et, actuellement, je fais une formation en comptabilité que je vais finir cette année. E. D. : L’association ECOSEN t’a proposé de devenir comptable du GIE ECOSEN, qu’en penses-tu ? Y. D. : Je veux bien. C’est une bonne chose pour moi. Merci de m’avoir choisie. E. D. : Qu’attends-tu de cette mission (appréhensions, ambitions,…) ? Y. D. : J’espère qu’ECOSEN pourra augmenter son activité pour que je devienne comptable à plein temps et arrêter mon travail à Saly. C’est vraiment mon rêve et c’est quelque chose qui peut se réaliser. E. D. : Depuis le début de l’aventure ECOSEN, tu suis de près son évolution…Que penses-tu de celle-ci ? Y. D. : Ca continue, ça a progressé, la structure commence à être plus organisée, on commence à avoir plus de voyageurs. E. D. : Qu’est-ce qu’ECOSEN et son approche différente du voyage apporte aux membres et à la famille ECOSEN Sénégal ? Y. D. : Cela nous apporte du travail, de la connaissance. Les voyageurs sont différents : ils s’intéressent à notre culture. C’est un vrai échange et une aide pour les enfants aussi. E. D. : Que pourrais-tu souhaiter pour le futur d’ECOSEN ? Y. D. : Une bonne continuation et une augmentation du nombre de voyageurs pour offrir nos services plus réguliers et profiter plus souvent des échanges entre cultures. E. D. : Aimerais-tu ajouter quelque chose ? Y. D. : Merci à ECOSEN et aux voyageurs. A bientôt ! Propos Recueillis par Natacha Bordier.
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Article publié dans La Presse du 26 Septembre 2009 Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a insisté samedi à New York sur l'urgence de la lutte contre la faim, rappelant que la malnutrition s'était aggravée dans le monde depuis 2008. «Il y a dans le monde plus de nourriture que nécessaire, et pourtant plus d'un milliard de gens ont faim», a souligné M. Ban lors d'une réunion organisée pour suivre les engagements du G8 de L'Aquila (Italie) en juillet dernier. Les pays les plus riches avaient alors promis de consacrer 20 milliards de dollars sur trois ans au développement agricole dans les pays où sévit la malnutrition. Cette initiative a été lancée par le gouvernement américain, qui y contribuera à hauteur de 3,5 milliards de dollars. Elle fait suite à un premier engagement d'un milliard d'euros de la part de la Commission européenne en 2008 et à un autre engagement de la même somme de la part de l'Espagne. Ces différentes tentatives de soulager la crise alimentaire tentent de répondre à la hausse spectaculaire des prix de la nourriture survenue au début de 2008. «Nous devons nous assurer que l'argent sera dépensé rapidement et efficacement», a lancé M. Ban devant un parterre d'experts, d'organisations non gouvernementales et de ministres représentant quelque 130 pays. Selon l'ONU, la production agricole devra augmenter de 50% pour nourrir la population de la Terre dans 20 ans. Et le réchauffement du climat va compliquer ce défi: les experts des Nations unies estiment que chaque degré supplémentaire de température moyenne à la surface de la Terre conduira à une baisse de 10% de la production agricole. La secrétaire d'État, Hillary Clinton, a en outre souligné lors de la réunion la baisse des fonds mondiaux attribués au développement agricole, au profit de l'aide alimentaire d'urgence. Les délégués ont cependant entendu samedi l'exemple encourageant du Rwanda, présenté par son président Paul Kagame. L'effort d'irrigation, d'accès au micro-crédit des paysans, de développement de débouchés locaux a permis «d'avoir depuis trois ans une production excédant les besoins», a-t-il rapporté. Selon le gouvernement, 95% des foyers rwandais atteignent désormais le niveau recommandé par les Nations unies de 2100 calories par jour et par personne.
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Article paru dans Le Soleil du 1er Avril 2009 De plus en plus, l’espace de la micro-finance s’enrichit de nouveaux acteurs, offrant ainsi aux usagers plus de possibilités d’accès aux crédits. Certains, reconnaissant l’importance du rôle de ces institutions, considèrent cependant que les taux appliqués restent encore élevés. Le paysage de la micro-finance s’est considérablement développé en l’espace d’une quinzaine d’années. En 2006, les institutions de micro-finance avaient mobilisé une épargne de 70 milliards de francs Cfa. Leur multiplication a permis aux populations, surtout urbaines, de voir leurs offres de services s’élargir. Poussant ces institutions non seulement à diversifier leurs offres, mais également à assouplir les conditions des prêts pour faire face à la concurrence de plus en plus rude. Au Pamecas par exemple, il faut être adhérent et avoir épargné pendant un certain temps -généralement trois mois-, pour pouvoir prétendre à un prêt. La condition demeure, mais elle est assouplie. « Après avoir ouvert un compte, le client peut prétendre aussitôt à un crédit s’il dispose dans son compte du quart du montant sollicité », renseigne M. Gassama, en faisant remarquer toutefois que le demandeur doit présenter des garanties. Lesquelles, précise-t-il, sont très souples. « Si vous avez un frère salarié ou exerçant une activité qui peut se porter garant pour vous, on vous accorde un prêt si votre projet est bon », ajoute Moussa Gassama. DES EXIGENCES ASSOUPLIES En revanche, des structures comme Acep ou Microcred prennent seulement en compte l’activité économique. « L’épargne préalable n’est pas une obligation pour obtenir un crédit. Néanmoins, l’ouverture d’un livret d’épargne est obligatoire pour accéder aux autres produits et services », dit Mme Aïssatou Faye Fall de Microcred, la responsable marketing et communication. Souleymane Sarr de l’Acep dit la même chose. « Si vous avez une activité économique, vous pouvez bénéficier d’un prêt chez nous. » Mais avant d’accorder un prêt, ces deux structures font une enquête sur le terrain, en plus de l’entretien avec le demandeur. « C’est pour un complément d’information seulement », rassure Mme Fall qui note l’exigence de résidence de l’emprunteur d’au moins six mois au lieu de son activité et d’innocuité de celle-ci à l’environnement. « Ce dernier point est très important pour Microcred », insiste-t-elle. Le montant du crédit est déterminé par la nature et l’importance de l’activité. Il diffère suivant les structures. Les sommes prêtées peuvent aller de 25.000 francs à des dizaines de millions. A titre d’exemple, elles sont comprises entre 25.000 francs Cfa à 3 millions de francs pour les caisses de base au Pamecas, c’est-à-dire les caisses de proximité. Alors qu’elles sont de l’ordre de 100.000 à 5 millions francs Cfa à Microcred. Le taux d’intérêt constitue un autre élément de différenciation. A ce niveau, il est difficile d’avoir une idée réelle sur les taux appliqués, peut-être pour des raisons de stratégies commerciales. Une chose est cependant sûre, toutes les institutions de microcrédit respectent la législation en la matière. Les taux appliqués sont loin du taux plafond qui est de 27 %. Malgré tout, le chef de l’Etat trouve ce taux usurier. « Nous avons des charges à supporter, ce qui justifie le taux d’intérêt que nous appliquons qui est d’ailleurs dégressif », explique Moussa Gassama. Sans compter les prêts non remboursés que les structures de micro-finances doivent supporter, ajoute-t-il. VIEUX DEBAT SUR LE TAUX D’INTERET Sur ce point, les institutions de micro-finance ont su développer une approche novatrice basée sur la concertation, la conciliation et, dès fois, le rééchelonnement. « A chaque fois que nous avons un client qui n’honore pas ses engagements, nous essayons d’en voir les raisons », indique Souleymane Sarr. En ajoutant « nous privilégions le règlement à l’amiable pour permettre au client de se tirer d’affaire ». La même philosophie sous-tend la démarche de Pamecas qui a une méthode originale pour faire rembourser les mauvais payeurs ou les « récalcitrants ». Si un client reste quelques mois sans payer, sa photo est affichée au siège de la caisse où il avait effectué le prêt. « Ça marche si bien que certains se plaignent de la méthode », indique le chef du service social et communication, en insistant sur le fait que les agents de sa structure n’y ont recours qu’en dernier lieu. Destinées à un certain public, les institutions de micro-finance ont vu leur clientèle s’élargir. Presque toutes les couches socioprofessionnelles ont recours à leurs services, avec une place de choix pour les femmes. Celles-ci représentent plus de 52 % de la clientèle et sont « souvent plus aptes à conduire un entreprenariat fécond ». « Elles ne sont pas moins de 72.000 femmes qui bénéficient de nos services », dit Mouhamet Ndiaye du Crédit mutuel sénégalais. A côté de cette catégorie de clients, il y a les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, l’artisan, le petit commerçant installé au coin de la rue, etc. Les fonctionnaires font actuellement partie de leur clientèle. « Il y en a même certains qui ont domicilié leur salaire chez nous », révèle M. Ndiaye. Aujourd’hui, pour satisfaire une clientèle qui grandit de jour en jour, les institutions de micro-finances densifient leur réseau par une politique de maillage du territoire national. Dans toutes les régions du Sénégal, on trouve une caisse d’épargne et de crédit de proximité. S’y ajoute une diligence dans le traitement des dossiers et un service d’accueil qui inspire confiance aux usagers. « Nous avons une charte pour l’accueil des clients, mais aussi nous tenons beaucoup à l’image de nos agences », déclare M. Ndiaye du Cms. « Nos grand-mères n’ont plus peur de s’arrêter ou d’entrer dans une institution financière », renchérit Moussa Gassama. Une politique qui s’insère dans la Lettre de politique sectorielle de la micro-finance. Mamadou GUEYE et Amadou Maguette NDAW
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Article paru dans SosFaim.be du 15 Janvier 2009 La Fédération paysanne sénégalaise FONGS. Le 9 février dernier, à Dakar, au Sénégal, le musicien Youssou N’Dour a inauguré une société de microcrédit « Birima », du nom d’un roi sénégalais du XIXe siècle. L’objectif de l’institution Birima, soutenue par la marque de vêtements Benetton dans le cadre de sa nouvelle campagne « Africa works », est d’offrir des services financiers adaptés et - dans la mesure du possible sans garantie - aux PME et aux commerçants dont les besoins ne sont couverts ni par les banques, ni par les institutions de microfinance. Le lancement de ce projet ambitieux nous donne l’occasion de revenir sur les activités de microfinance au Sénégal avec Mass Gning, responsable microcrédit à la FONGS, fédération paysanne sénégalaise. Comment la FONGS a-t-elle accueilli l’initiative de Youssou N’Dour ? Nous pensons que c'est une bonne idée. Elle contribue à la diversification des acteurs du monde de la microfinance, que ce soit en milieu urbain ou en milieu rural. Vous ne trouvez pas ça gênant que des grandes compagnies internationales comme Benetton ou des artistes s’investissent dans le secteur de la microfinance, qui nécessite pourtant une expertise pointue ? Je pense que Youssou N'Dour sait où il va. Il s'est certainement entouré de personnes compétentes pour mettre en place Birima. Mais, dans le cadre de la mise en œuvre des microcrédits, il aura certainement besoin d'un accompagnement organisationnel, technique, institutionnel et peut-être financier afin d'atteindre ses objectifs. Et Benetton ? Il s'agit tout de même d'une grande compagnie internationale, plutôt ancrée dans le secteur de la mode. Le fait qu'une société commerciale, connue par sa marque de vêtements, s'investisse dans le secteur de la microfinance peut-il causer des dérives ? Bien sûr. Tout dépend des objectifs qu'ils visent et des stratégies qu'ils vont mettre en œuvre. Je pense que le fait d'être acteur dans un certain domaine n'interdit pas de travailler dans d'autres domaines. Si Benetton s'intéresse à la microfinance, c'est parce qu'ils ont certainement des objectifs très précis à leur niveau. Je ne pense pas qu'ils mélangeront leurs différentes activités…. Birima a pour ambition d’offrir des crédits sans garantie réelle et sans épargne préalable mais seulement en se fondant sur la parole de la personne ou du groupe qui fait une demande de crédit. N'est-ce pas un peu risqué ? En effet, la structure de Birima ne permet pas un partage des risques par rapport aux crédits. L'absence d'épargne préalable n'encourage pas la participation des différents clients à la vie de l'institution. Si les clients réussissent à épargner, ils participent à la prise des risques et cela leur permet de toujours réfléchir à ce qui peut promouvoir l'institution ainsi que ses activités. Le partage des risques et la participation des membres à la vie de l'institution sont deux facteurs de réussite importants en microfinance. N-y-t-il pas un risque que l’absence de garantie préalable désengage les emprunteurs de l’obligation de rembourser, créant pas là un effet boule de neige, ce qui mettrait en danger la viabilité des institutions de microfinance ? En effet, si les gens décident de ne pas rembourser leurs crédits, ils ne prennent pas de risques par rapport à une garantie qui, en l'espèce, n'a pas été mise en jeu. Les gens ne vont pas se sentir responsables de quoi que ce soit. Ils peuvent se dire "moi, j'ai déjà pris un crédit, je suis servi, le reste, ce n'est pas mon problème". Ce genre de raisonnement, pouvant être facilité par la démarche de Birima, pourrait avoir des conséquences sur les procédures et les mécanismes mis en place par d'autres acteurs. En ce qui nous concerne, nous ne courons pas trop de risques car nous sommes présents en milieu rural. Ce sont surtout les acteurs du milieu urbain qui pourraient être pénalisés. Toutefois, la majorité d'entre eux ont mis en place des mécanismes qui leur permettent de partager les risques avec leurs sociétaires. En fait, les risques reposeront surtout sur Birima. L'effet pervers de l'engagement de grandes compagnies internationales dans des activités revêtant une dimension sociale se situe peut-être à ce niveau là. C'est parce que Benetton peut engager de gros moyens financiers que Birima prend des risques que ne prennent pas les autres institutions de microfinance ? Dans le cadre de la stratégie de la FONGS, nous ne créons pas de structures pour les gens. Nous pensons plutôt qu’il faut accompagner ces personnes qui ont des idées, en les aidant à créer leurs propres structures. Certes, la mobilisation de ressources additionnelles est souvent nécessaire mais chacun doit se sentir responsable par rapport au remboursement et aux risques encourus. Est-ce qu'il y a déjà eu des initiatives de ce genre en milieu rural ? Je n'en connais pas pour le moment. Mais j’espère que Youssou N'Dour sera sollicité pour lancer le même genre d'initiatives en milieu rural. La FONGS serait-elle prête à collaborer avec ces nouveaux acteurs qui disposent de moyens financiers importants ? Pensons par exemple à l'offre de crédits d'investissements à long terme, qui sont les plus difficiles à mettre en œuvre car il s'agit de sommes importantes ? Moi, je suis toujours motivé pour collaborer avec des gens qui ont une stratégie claire et dont les objectifs collent avec les miens. Les conditions sont toujours à négocier. Il est clair que certaines pratiques sociales de la microfinance doivent être respectées comme la participation et le partage des risques. En milieu rural, nous prenons des initiatives de développement depuis toujours. Nous savons que ce ne sont pas uniquement les crédits à court terme ou les petits crédits qui intéressent le monde rural. Mais comment réussir à financer les investissements en milieu rural ? C'est pourtant la seule façon de nous aider à bloquer le départ des jeunes pour l'Occident. Faciliter l'accès aux financements permettrait de fixer les populations dans leurs terroirs. Dans une interview, Youssou N’Dour souligne que la microfinance permet aux gens de conserver leur dignité, qu’elle donne une image positive de l’Afrique. C'est vrai ? C'est effectivement réel. Prenons un exemple concret. Trois familles d'agriculteurs vivent dans un village mais ne sont pas liées entre elles. La famille A vend des bœufs. Elle épargne l'argent au niveau de la caisse villageoise. La famille B, qui ne possède que sa production agricole, en vend une partie et épargne également à la caisse villageoise. La famille C demande un crédit. Si la famille C n'arrive pas à rembourser son crédit, elle met en jeu sa dignité. Mais si elle parvient à le rembourser, c'est une façon de renforcer sa dignité et de s'ancrer dans son village et son environnement.
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Article paru dans La Libre du 23 Septembre 2009 Caritas International apporte son appui à des associations de paysans pour accroître la sécurité alimentaire dans la province de Kinshasa. Sur le plateau des Bateke Caritas International aide des organisations paysannes à accéder au micro-crédit et au conseil, afin de travailler à la sécurité alimentaire de la province de Kinshasa. Le plateau des Bateke, vaste espace aux portes de la capitale congolaise, est peu fertile ("c’est essentiellement du sable, mais on peut y cultiver en apportant beaucoup d’engrais", explique le Pr. Eric Tollens de l’Université catholique de Louvain) mais offre des possibilités aux paysans que ses nouveaux habitants, de plus en plus nombreux, ne trouvent pas dans leurs provinces d’origine - Bandundu, Bas-Congo, Kasaï. Franck Nzeza a entendu parler des possibilités de recevoir du crédit et des conseils "lors d’une opération de sensibilisation. Je suis venu à la formation". Avec un crédit de 160 $, Franck a pu faire labourer et herser son champ par un tracteur loué à Caritas (et utilisé par 1600 ménages) pour planter des arachides et du manioc; il devra rembourser 168 $. "J’ai déjà payé 100$ grâce à la vente de 10 de mes 17 sacs d’arachides", qui a rapporté 500$. Et, surtout, "ma vie est meilleure". Faire faire le gros travail par un tracteur lui a en effet permis d’ensemencer une plus grande surface que son quart d’hectare habituel: un demi-hectare l’an dernier, un hectare entier cette année. Grâce à l’appui technique qu’il reçoit et aux intrants qu’il a pu et su acheter, il a augmenté son rendement. "Maintenant je paie facilement le minerval de mes trois enfants" (120 $ par enfant). "Et puis on mange mieux". La famille Nzeza mange maintenant de plus grandes quantités ( on mange deux fois par jour; avant c’était le soir seulement") et a pu varier son ordinaire de manioc et feuilles en y introduisant des abats "et même une cuisse de poulet de temps en temps", ajoute le paysan avec un sourire radieux. "Les enfants sont plus gros - même leurs yeux sont gros! ", rit-il. Après la récolte, il fera des buttes, pour accroître le rendement, et plantera du manioc et du maïs. Caritas participe aussi au financement de champs-école, cultivés collectivement une fois par semaine par des paysannes regroupées en association qui reçoivent, ce jour-là, les conseils d’un agronome. Elles ont ainsi appris à enrichir la terre avant de planter en y enfouissant les mauvaises herbes. Que l’éclaircissement des feuilles de manioc - aliment de base, ici - et la baisse de rendement de leurs champs 30 à 40% ) étaient dus à une maladie, la mosaïque, et non au mauvais sort qu’aurait jeté une voisine; elles savent désormais qu’elles doivent immédiatement arracher les plants malades, pour éviter la contamination de tout le champ et de ses voisins. La productivité de leurs champs personnels en est accrue. Autre initiative pour améliorer la sécurité alimentaire: l’élevage de poules. Bienvenu Mayo en est à sa première année; il a reçu l’aide financée par Caritas - une formation et des conseils techniques pour construire un poulailler, où abreuvoirs et mangeoires, suspendus pour éviter les maladies, sont en bambou - et un capital de départ d’une association de 17 paysans qui aide tour à tour l’un de ses membres, grâce à la solidarité de tous, et partage les bénéfices. Il a fait vacciner ses pondeuses (les vaccins sont achetés en bloc) et a bien vendu leurs œufs (ce qui n’est plus le cas lorsqu’un gros arrivage d’œufs chinois ou indiens inonde le marché de Kinshasa) mais l’achat d’aliments spéciaux lui coûte cher, pense-t-il. Pour le moment, son niveau de vie ne s’est pas amélioré. On espère que cela viendra avec le temps", ajoute-t-il, en précisant que l’élevage de cochons lui rapporte plus, les bêtes ne nécessitant pas d’aliments spéciaux. Marie-France Cros
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Article paru dans Le Monde du 24 Octobre 2009 En 2005, le Forum de Davos avait donné lieu à une scène très émouvante, très médiatisée aussi. Après un discours du président tanzanien décrivant les ravages du paludisme dans son pays, l'actrice Sharon Stone, invitée d'honneur, s'était levée et avait offert 10 000 dollars pour l'achat de moustiquaires. Elle avait exhorté le reste de l'assistance à l'imiter. En quelques minutes, 1 million de dollars avaient été collectés auprès de patrons de multinationales et de banquiers, autant troublés par la beauté dominatrice de cette déesse de l'humanitaire que par la justesse de la cause. Embrassades, remerciements, larmes, une vraie cérémonie de remise des Oscars à Hollywood. La suite est moins connue, moins reluisante aussi. La distribution gratuite de 300 000 moustiquaires a gravement perturbé le travail des organisations humanitaires présentes sur place, causé des dégâts collatéraux (marché noir, gaspillage, reconversion en filets de pêche), déclenché colère et incompréhension dans les régions voisines qui n'ont pas bénéficié de la mesure, enfin, elle a provoqué la ruine des fabricants locaux de moustiquaires et détruit des centaines d'emplois. Sharon Stone, Bono, Bob Geldof, toutes ces belles âmes défendant le noble combat de l'aide occidentale à l'Afrique, tous "ces militants de la morale", l'économiste zambienne Dambisa Moyo ne les aime guère. "La pop culture a donné une impulsion considérable à la conception erronée (selon laquelle) l'aide peut remédier à la pauvreté généralisée." C'est d'abord la colère qui traverse l'essai très dérangeant de Mme Moyo L'Aide fatale (éd. J.-C. Lattès, 250 p., 20 euros). Dérangeant par les thèses radicales qu'elle y défend et qui ont fait polémique à la sortie du livre aux Etats-Unis. Dérangeant aussi parce qu'on est habitué à ce que le discours économique sur l'Afrique soit tenu par des non-Africains, à ce qu'il soit monopolisé par les stars du rock, les économistes et les politiciens occidentaux, entre paternalisme et néocolonialisme, entre condescendance et mauvaise conscience. Un exemple parmi d'autres, Gordon Brown, alors chancelier de l'Echiquier, lançant en 2005 : "Nous vous aiderons à être en mesure de commercer. Il ne s'agit pas seulement de vous ouvrir la porte, mais de vous donner la force d'en franchir le seuil." C'est une conséquence de la crise des subprimes : les certitudes économiques de l'Occident ont été tellement ébranlées qu'on écoute un peu plus les voix venues d'ailleurs et un peu moins les guitares.Dambisa Moyo est née il y a quarante ans et a grandi en Zambie. Elle étudie la chimie à l'université de Lusaka, quand celle-ci ferme à la suite d'une tentative de coup d'Etat. Elle part aux Etats-Unis avec une bourse, travaille deux ans à la Banque mondiale à Washington avant d'aller à Harvard, puis à Oxford. Elle a été économiste chez Goldman Sachs, responsable de la recherche pour l'Afrique subsaharienne et a été désignée, cette année, par Time Magazine comme l'une des cent femmes les plus influentes de la planète. "L'aide a été et continue d'être un désastre total sur le plan politique, économique, et humanitaire." Malgré les 1 000 milliards de dollars versés au Continent, le revenu réel par habitant dans l'Afrique subsaharienne est inférieur à ce qu'il était dans les années 1970, plus de 700 millions d'Africains vivent avec moins de 1 dollar par jour, et le taux de pauvreté extrême est passé de 11 % à 66 %. L'espérance de vie stagne, un enfant sur sept meurt avant l'âge de 5 ans, l'alphabétisation est inférieure à ce qu'elle était en 1980 et près de la moitié des pays vit sous des régimes non démocratiques. Enfin, il y a seulement trente ans, le PIB par habitant du Malawi, du Burundi et du Burkina Faso dépassait celui de la Chine. L'aide a-t-elle été mal utilisée, a-t-elle été insuffisante ? Pas du tout, nous dit Mme Moyo. C'est l'aide elle-même qui a enfermé l'Afrique dans le piège de la pauvreté. C'est l'aide qui porte en elle le mal qu'elle prétend combattre. "Des millions de gens en Afrique sont plus pauvres aujourd'hui, à cause de l'aide internationale." Elle en décrit longuement les effets économiques dévastateurs. Corruption et irresponsabilité des gouvernements - l'aide arrive quoi qu'il arrive et elle est d'autant plus importante que les performances économiques du pays sont mauvaises ; épargne découragée au profit de la consommation ; inflation favorisée ; investisseurs privés étrangers évincés ; exportations étouffées par une sorte de "mal néerlandais", l'aide s'apparentant à la possession de matières premières. Les solutions ? Le recours aux marchés internationaux de capitaux, comme l'ont fait des pays émergents asiatiques ; le développement des intermédiaires financiers - notamment par le microcrédit - ; que l'Occident mette fin à ses subventions à l'agriculture et qu'il imite la politique chinoise du donnant-donnant en Afrique (investissements dans les infrastructures contre matières premières). Dérangeant, en effet. "Que se passerait-il, se demande Dambisa Moyo, si, l'un après l'autre, chaque pays d'Afrique recevait un coup de téléphone pour l'informer que dans exactement cinq ans les robinets de l'aide seront définitivement fermés ?" Le pire adviendrait-il ? Mais le pire est déjà là, nous rappelle-t-elle. A essayer cette thérapie de choc, l'Afrique n'a rien à perdre et tout à gagner. Excessive ? Peut-être. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que l'économiste Niall Ferguson, qui a préfacé le livre de Dambisa Moyo, a bien raison quand il réclame plus de Moyo et moins de Bono. Pierre-Antoine Delhommais
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Article paru dans Le Monde du 22 Octobre 2009 L'Afrique reçoit des sommes considérables des migrants partis travailler sur d'autres continents, mais le manque d'information, de concurrence et de régulation empêche cet argent d'agir pleinement sur le développement. C'est ce que révèle un rapport de l'International Fund for Agricultural Development (IFAD), publié jeudi 22 octobre à l'occasion d'un forum sur les transferts de fonds organisé à Tunis par cette agence de l'ONU, pour mobiliser banques centrales et gouvernements sur la question. La première surprise de ce rapport tient en un chiffre : d'après l'IFAD, 40 milliards de dollars (26,7 milliards d'euros) sont envoyés chaque année à leurs proches par les émigrés africains. Ce montant était jusqu'alors inconnu, mais il était estimé entre trois et quatre fois moindre. "L'Afrique avait toujours été une énigme en ce qui concerne les transferts de fonds", explique Pedro de Vasconcelos, économiste à l'IFAD et coauteur de ce premier état des lieux. "On les évaluait généralement entre 10 milliards et 17 milliards de dollars. Même les banques centrales africaines n'avaient aucun chiffre." Ce manque d'information a des conséquences en cascade : "L'impact des transferts est colossal, mais sous-utilisé. L'argent est là; le problème, c'est le manque d'options. N'ayant pas conscience des montants en jeu, les gouvernements ne se préoccupent pas de réguler le marché ou de rendre ces sommes productives, pas plus que le secteur privé", explique M. de Vasconcelos. Résultat, le marché des transferts est détenu à 64 % par deux acteurs seulement, Western Union et MoneyGram. Faute de concurrence, le taux des commissions est d'environ 10 % en moyenne en Afrique – où il peut même atteindre 25 % –, contre 5,6 % en moyenne dans le monde. "Si on réduit ce taux de moitié, 2 milliards de dollars de plus arrivent dans la poche des familles chaque année, résume l'économiste de l'IFAD. En Amérique latine, l'ouverture du marché a fait chuter les taux de 15 % à moins de 5 %." La concurrence aurait un autre avantage : la multiplication des points de retrait, dont les zones rurales africaines sont largement dépourvues. Or un tiers des transferts sont destinés à des familles rurales. "Le Mexique dispose d'autant de points de retrait que toute l'Afrique, avec une population dix fois moindre", compare M. de Vasconcelos. "Pour beaucoup d'Africains, aller chercher cet argent, c'est un ou deux jours de travail perdus." L'agence des Nations unies propose de transformer les bureaux de poste en points de retrait, alors qu'ils n'en ont aujourd'hui pour la plupart ni le droit ni les moyens. L'IFAD vient de signer un accord avec l'Universal Postal Union pour travailler en ce sens. D'autres solutions existent. Au Kenya, le téléphone mobile devient un des moyens les plus économiques d'effectuer des transferts d'argent. Le Kenya est aussi un des rares pays à autoriser les institutions de microfinance à opérer ces envois de fonds. Dans toute l'Afrique, ces organismes ne forment que 3 % des points de retrait. Leur ouvrir le marché des transferts suffirait à doubler le nombre de guichets, selon l'IFAD. Surtout, au lieu d'un simple mécanisme de consommation, "cela créerait une dynamique locale d'épargne et de microcrédit, qui donnerait une tout autre dimension à l'économie", estime M. de Vasconcelos. Car si l'essentiel de l'argent des transferts de fonds sert à faire face à des dépenses de première nécessité – nourriture, logement, santé ou éducation –, "5 à 10 milliards de dollars sont disponibles pour l'épargne et l'investissement", selon le rapport. Des sommes capitales en pleine crise économique, alors que l'aide publique au développement s'essouffle et que les investissements directs étrangers s'effondrent. Les transferts des migrants souffrent eux aussi : ils ont chuté de 12,7 % depuis le début de l'année selon l'IFAD. Un choc d'autant plus rude que ces envois avaient connu une croissance moyenne de 17 % dans le monde depuis dix ans, et que "par rapport à d'autres régions, l'Afrique dépend vraiment des transferts de fonds", précise M. de Vasconcelos. Grégoire Allix
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ECOSEN DJaM : Comment t’appelles-tu ? ![]() E. D. : Comment a été créé ton groupe ? Comment avez-vous pu commencer vos activités ? ![]() E. D. : Quel est ton rôle au sein de ton groupe ? En quoi consiste-t-il ? S. N. : J’ai été élue présidente de notre groupe en 2005. Mon rôle consiste de faire savoir et rappeler aux autres membres que l’argent c’est celui de la banque et que quand tu le prends, il faut savoir le rembourser. Je contrôle les autres et je les incite à participer activement au groupe en montrant les avantages. Je les appelle aussi pour le recouvrement (les remboursements) et essaie de leur montrer l’importance et les changements que le groupe apporte (surtout au niveau du recouvrement). E. D. : Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au quotidien ? S. N. : Le principal problème est l’eau : nous avons nos propres terres mais nous n’avons pas de canaux hydrauliques pour amener l’eau. Sinon, toutes les femmes ici pourraient faire du maraichage. Un autre problème que nous rencontrons est l‘éclairage : le pétrole et la bougie coûtent chers. L’éclairage avec le soleil serait une bonne chose pour nous. Un moulin à mil nous permettrait également de faciliter notre travail quotidien : le mil est un travail très difficile : chaque semaine, chaque carré de famille doit piler le mil et ce sont les femmes qui le font. Il faut le piler à 3 reprises pour avoir du bon mil et le faire en quantité suffisante pour la semaine. Une machine pourrait faire de 100 à 200 kilos de mile par semaine. ![]() E. D. : J’ai entendu que vous aviez gagné un prix, peux-tu me raconter quel prix et pourquoi ? S. N. : Nous avons gagné un prix au Crédit Mutuel de Ndiaganiao car la banque a vu que nous étions sérieuses. En récompense, nous avons été invitées et sommes parties assister à la fête des 20 ans du Crédit Mutuel à Dakar. Nous avons également pu faire un crédit grâce à une convention. Ce crédit autorisé grâce au prix pouvait être supérieur à celui que nous pouvons normalement faire avec notre capital. Nous avons signé cette convention qui nous a permis d’avoir un crédit d’1,5 millions de Francs CFA. E. D. : Qu’est que cela vous a apporté ? S. N. : Avec cet argent, nous avons décidé ensemble de faire du petit commerce et de l’embouche. Le petit commerce, l’embouche et le maraichage sont les activités qui fonctionnent le plus. E. D. : Quelles sont les principaux changements que tu as pu remarquer depuis la création du GIE ? S. N. : Cela a beaucoup changé, car, à part les travaux pendant la période d’hivernage, nous n’avions pas d’activités le restant de l’année. Ma vie est mieux maintenant, pour les autres aussi : nous avons plus d’activité, donc plus de revenu, donc plus à manger. A côté de nos activités de microcrédit et de poulailler, nous avons aussi le projet d’accueil des voyageurs ECOSEN. Nous avons aussi pu avoir des greniers à mil grâce à de l’argent envoyé par le groupe Teranga. Cet argent a ensuite été distribué pour que chaque groupe créé un endroit pour stocker le mil avec un gérant. Nous avons acheté du mil, puis attendu pour le revendre plus cher. ![]() E. D. : Que penses-tu d’ECOSEN et de son partenariat avec le GIE NQEL JAB ? S. N. : Je pense que ce partenariat est une bonne chose. Nous souhaitons que cela aille loin. Nous attendons une aide concrète dans nos difficultés quotidiennes (eau, mil, argent…), quelque chose de concret de la part d’ECOSEN. E. D. : Trouves-tu que la venue de voyageurs au village est favorable pour le développement du village ? S. N. : Nous sommes content de la visite des voyageurs et qui sont des gens qui s’intéressent à nous. Je crois que c’est un moyen de développement pour le village. Pour améliorer notre accueil, nous aurions besoin de matériel ménager (marmite, bol, chaise, bâche…), du matériel de musique et des chaises, car nous sommes obligés de louer cela pour chaque manifestation. (ex : une chaise = 100 F CFA) Nous ne considérons pas les voyageurs comme des touristes mais comme des gens de la famille. Nous voudrions habiller chaque femme qui vient ici correctement mais notre caisse ne nous le permet pas. E. D. : Que pouvez-vous souhaitez pour l’avenir de nos organisations ? S. N. : Je prie pour que Dieu préserve l’unité de nos deux organisations.
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A l‛occasion de la fête de la Tabaski, Samba Gnane, le président du GIE NQEL JAB a interviewé un membre du GIE... Ali Niane du Groupe de travail Keynaak - le groupe des jeunes bergers... Pour la petite dédicace, nous souhaitons à “Jeff‛ on the Mix”, le fidèle cheval d‘Ali, une bonne saison sèche... ![]() - Combien êtes vous à Keynaak ?
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L'Organisation villageoise sénégalaise Nqel Jab (lire “Ngel Djab”), que nous appelons encore Concertation des Jeunes Architectes du Bien aura 10 ans le 30 septembre 2009. Notre ennemi collectif au village est encore là : le mal sous les visages du chômage, de la précarité des activités économiques (agriculture et élevage traditionnels) dépendant d'une nature devenue imprévisible Mais quelque chose est en train de changer au village et positivement : les Architectes du Bien de Nqel Jab sont convaincus maintenant par les faits, que s'ils se regroupent, travaillent et épargnent collectivement au niveau des institutions financières de la Place malgré la modestie de leurs revenus individuels, ils pourraient bénéficier de prêts pour réaliser des projets économiquement rentables. Nous sommes aussi convaincus qu'ils nous faut s'inscrire dans de nouveaux types d'activités économiques moins conditionnées par la nature : à l'image du projet ECOSEN que nous avons contribué à lancer, grâce à celui-ci la culture traditionnelle et la créativité locale sont encouragés, et permet dans le même temps aux membres de Nqel Jab de bénéficier d'un apport de fonds régulier et utile à leurs ambitions. L'aviculture est une activité économique rentable à la portée de l'expertise de nos membres qui viennent de mettre leurs premiers poulets de chair sur le marché local avec une première expérience bien réussie grâce à des fonds venus d'Architectes du Bien vivant en Belgique. Avec les Architectes du Bien, c'est un nouveau monde qui commence... Un monde d'abondance, de justice,de liberté et de paix... A bientôt Samba Gnane Président du GIE NQEL JAB
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Article paru dans LeSoleil du 13 Mai 2009 De plus en plus, l’espace de la micro-finance s’enrichit de nouveaux acteurs, offrant ainsi aux usagers plus de possibilités d’accès aux crédits. Certains, reconnaissant l’importance du rôle de ces institutions, considèrent cependant que les taux appliqués restent encore élevés. DES EXIGENCES ASSOUPLIES En revanche, des structures comme Acep ou Microcred prennent seulement en compte l’activité économique. « L’épargne préalable n’est pas une obligation pour obtenir un crédit. Néanmoins, l’ouverture d’un livret d’épargne est obligatoire pour accéder aux autres produits et services », dit Mme Aïssatou Faye Fall de Microcred, la responsable marketing et communication. Souleymane Sarr de l’Acep dit la même chose. « Si vous avez une activité économique, vous pouvez bénéficier d’un prêt chez nous. » Mais avant d’accorder un prêt, ces deux structures font une enquête sur le terrain, en plus de l’entretien avec le demandeur. « C’est pour un complément d’information seulement », rassure Mme Fall qui note l’exigence de résidence de l’emprunteur d’au moins six mois au lieu de son activité et d’innocuité de celle-ci à l’environnement. « Ce dernier point est très important pour Microcred », insiste-t-elle. Le montant du crédit est déterminé par la nature et l’importance de l’activité. Il diffère suivant les structures. Les sommes prêtées peuvent aller de 25.000 francs à des dizaines de millions. A titre d’exemple, elles sont comprises entre 25.000 francs Cfa à 3 millions de francs pour les caisses de base au Pamecas, c’est-à-dire les caisses de proximité. Alors qu’elles sont de l’ordre de 100.000 à 5 millions francs Cfa à Microcred. Le taux d’intérêt constitue un autre élément de différenciation. A ce niveau, il est difficile d’avoir une idée réelle sur les taux appliqués, peut-être pour des raisons de stratégies commerciales. Une chose est cependant sûre, toutes les institutions de microcrédit respectent la législation en la matière. Les taux appliqués sont loin du taux plafond qui est de 27 %. Malgré tout, le chef de l’Etat trouve ce taux usurier. « Nous avons des charges à supporter, ce qui justifie le taux d’intérêt que nous appliquons qui est d’ailleurs dégressif », explique Moussa Gassama. Sans compter les prêts non remboursés que les structures de micro-finances doivent supporter, ajoute-t-il. VIEUX DÉBAT SUR LE TAUX D’INTERET Sur ce point, les institutions de micro-finance ont su développer une approche novatrice basée sur la concertation, la conciliation et, dès fois, le rééchelonnement. « A chaque fois que nous avons un client qui n’honore pas ses engagements, nous essayons d’en voir les raisons », indique Souleymane Sarr. En ajoutant « nous privilégions le règlement à l’amiable pour permettre au client de se tirer d’affaire ». La même philosophie sous-tend la démarche de Pamecas qui a une méthode originale pour faire rembourser les mauvais payeurs ou les « récalcitrants ». Si un client reste quelques mois sans payer, sa photo est affichée au siège de la caisse où il avait effectué le prêt. « Ça marche si bien que certains se plaignent de la méthode », indique le chef du service social et communication, en insistant sur le fait que les agents de sa structure n’y ont recours qu’en dernier lieu. Destinées à un certain public, les institutions de micro-finance ont vu leur clientèle s’élargir. Presque toutes les couches socioprofessionnelles ont recours à leurs services, avec une place de choix pour les femmes. Celles-ci représentent plus de 52 % de la clientèle et sont « souvent plus aptes à conduire un entreprenariat fécond ». « Elles ne sont pas moins de 72.000 femmes qui bénéficient de nos services », dit Mouhamet Ndiaye du Crédit mutuel sénégalais. A côté de cette catégorie de clients, il y a les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, l’artisan, le petit commerçant installé au coin de la rue, etc. Les fonctionnaires font actuellement partie de leur clientèle. « Il y en a même certains qui ont domicilié leur salaire chez nous », révèle M. Ndiaye. Aujourd’hui, pour satisfaire une clientèle qui grandit de jour en jour, les institutions de micro-finances densifient leur réseau par une politique de maillage du territoire national. Dans toutes les régions du Sénégal, on trouve une caisse d’épargne et de crédit de proximité. S’y ajoute une diligence dans le traitement des dossiers et un service d’accueil qui inspire confiance aux usagers. « Nous avons une charte pour l’accueil des clients, mais aussi nous tenons beaucoup à l’image de nos agences », déclare M. Ndiaye du Cms. « Nos grand-mères n’ont plus peur de s’arrêter ou d’entrer dans une institution financière », renchérit Moussa Gassama. Une politique qui s’insère dans la Lettre de politique sectorielle de la micro-finance. Mamadou GUEYE et Amadou Maguette NDAW
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Article paru dans Le Monde du 7 Janvier 2009 CASAMANCE ENVOYÉ SPÉCIAL Le bombolong est là ! Sorti à l'occasion d'événements importants, le grand idiophone à fente, taillé dans un tronc, résonne de toutes ses basses. A Diakène, en Basse Casamance (Sénégal), tout le village est rassemblé pour danser et chanter le début de l'opération de reboisement de la mangrove. Car la Casamance souffre de la disparition progressive de la mangrove. Les témoignages des pêcheurs le prouvent : pour remplir leurs filets, ils doivent aller de plus en plus loin. Les terres cultivables sont également appauvries par le sel. Une perte de superficie de 20 % en un quart de siècle Les mangroves ont perdu quelque 20 % de leur superficie dans le monde en un quart de siècle (entre 1980 et 2005), estime l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). De tous les continents, c'est l'Asie, avec plus de 1,9 million d'hectares perdus, qui a le plus souffert de la destruction de ces écosystèmes. Mais l'Amérique centrale et du Nord et l'Afrique n'ont pas été épargnées, où la conversion en zones d'aquaculture, l'agriculture, le tourisme et, bien sûr, la pression démographique ont contribué à la progressive disparition des mangroves. La conséquence de leur suppression aboutit non seulement à une diminution de la biodiversité mais aussi à une intrusion du sel dans les zones côtières, a alerté la FAO. Haïdar El-Ali, président de l'Océanium, association de protection de l'environnement basée à Dakar, ne l'oublie pas quand il prend la parole : "Ici, il y a vingt ans, les anciens vous diront que l'on ne voyait pas le ciel tellement les arbres étaient nombreux. Ici, il y a vingt ans, les hommes qui partaient en mer revenaient au village avec de gros poissons en abondance. Aujourd'hui, nous sommes tous là pour sauver cet environnement qui meurt. Et nous allons le faire dans plus de cent villages de Casamance. Nous allons replanter ensemble la mangrove pour faire revenir les poissons et protéger du sel les terres où pousse votre riz. Vous verrez toute la générosité que peut donner à nouveau la nature." PLUS DE 6 MILLIONS DE PALÉTUVIERS Cette scène s'est reproduite des dizaines de fois pendant des semaines, en Casamance, jusqu'au début du mois de novembre 2008. Pendant l'hivernage, la saison des pluies, 6,3 millions de propagules de palétuviers (Rhizophora) ont été plantées sur quelque 1 260 hectares, à raison de 5 000 plants par hectare. En tout, 110 villages, du nord au sud et de l'ouest à l'est de la Casamance, soit 5 400 km2, ont participé bénévolement à cette campagne, représentant plus de 10 000 planteurs. L'objectif initial des cinq millions de palétuviers a donc été largement dépassé. Préparée depuis des mois grâce aux campagnes de sensibilisation organisées dans les zones concernées avec un camion cinéma projetant des films réalisés par l'Océanium, gérée en accord avec les autorités villageoises afin d'éviter de se heurter aux activités communautaires telles que le repiquage du riz qui nécessite une main-d'oeuvre importante, l'opération Casamance constitue une véritable réussite. Pour Jean Goepp, coordinateur de l'ensemble du projet au sein de l'Océanium, "tout a commencé en 2006, lorsque nous avons planté 65 000 propagules dans un coin complètement sinistré, à Tobor. Et elles ont pris ! Pour nous, l'essentiel était de faire prendre conscience aux populations que planter des arbres est à la portée de tout le monde. Située près d'une route fréquentée, cette première plantation a fait parler d'elle. Des représentants villageois sont venus pour nous demander de planter près de chez eux. En 2007, nous avons donc multiplié pratiquement par dix le nombre de plants pour atteindre les 500 000." Soutenue financièrement par la Fondation Ensemble et par la FIBA (Fondation internationale du banc d'Arguin) dès 2007, le projet 2008 a nécessité des moyens beaucoup plus importants. Près de 70 % du budget total de 130 000 euros ont été apportés par la Fondation Yves-Rocher, 15 % par Village Projects International, le reste avec l'aide de partenaires plus modestes comme la Fondation Marie et Alain Philippson et Kirène. Au-delà des résultats obtenus en 2008 (80 % des propagules prennent racine), Haïdar El-Ali et Jean Goepp se projettent déjà sur la prochaine opération de l'hivernage 2009. Et comme, depuis 2007, l'objectif comptable consiste à multiplier sensiblement le nombre des plantations, ils espèrent atteindre - et qui sait dépasser - les 30 millions d'arbres plantés. Pour atteindre un tel chiffre, trois deltas seraient concernés : le Saloum, le fleuve Gambie et la Casamance, bien sûr... La Fondation Yves-Rocher a déjà assuré l'Océanium de son soutien financier et Danone serait intéressé. En plus de la Gambie, la Guinée-Bissau pourrait participer à la prochaine campagne. Les mangroves de l'Ouest africain, fragiles écosystèmes parmi les plus productifs en biomasse de la Terre et véritables nurseries naturelles pour la faune et la flore, entameraient alors une toute nouvelle jeunesse. Olivier Herviaux Repères Palétuviers. L'arbre de la mangrove par excellence ; une des rares espèces capables de résister dans ces marécages côtiers que sont les mangroves. Littoral. Les mangroves sont concentrées sur les zones littorales tropicales où les arbres et autres végétaux poussent donc en milieu salin. Nurseries. Ils constituent un lieu de reproduction idéal des espèces, en même temps qu'ils offrent une protection importante contre l'érosion des sols mais aussi contre les ouragans. Marées. Elles contribuent à faire prospérer les mangroves, qui ont besoin à la fois de l'eau douce des fleuves et de l'eau salée. La première enrichit le marécage tandis que la seconde nourrit la forêt.
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Article publié dans Le Monde du 5 Mai 2008 On a pu observer, la semaine dernière, une lueur d'espoir dans la crise alimentaire mondiale. En prévision d'une moisson exceptionnelle, l'Ukraine a assoupli les restrictions à l'exportation. Du jour au lendemain, les prix mondiaux du blé ont baissé de 10 %. En revanche, les négociants de Hongkong fixent le prix du riz à plus de 1 000 dollars la tonne, alors qu'il n'était qu'à 460 dollars il y a deux mois. Telle est la volatilité des marchés actuels. Mais une chose est sûre : nous sommes passés d'une ère d'abondance à une période de pénurie. Les spécialistes s'accordent pour dire que les prix alimentaires ne sont probablement pas près de redescendre aux niveaux auxquels le monde s'était habitué à les voir. Cela suscite la grogne des consommateurs jusqu'aux Etats-Unis et dans les riches pays européens. Mais imaginons la situation de ceux qui vivent avec moins de 1 dollar par jour - le "milliard d'en bas", les plus pauvres d'entre les pauvres. La plupart sont en Afrique, beaucoup doivent consacrer jusqu'aux deux tiers de leurs revenus à se nourrir. La semaine dernière au Liberia, j'ai appris que les gens avaient cessé d'acheter le riz d'importation par sacs entiers. De plus en plus souvent, ils doivent le prendre au verre, car ils n'ont pas les moyens de payer plus. Souvenons-nous que la descente du Liberia aux enfers a commencé, en 1979, par des émeutes de la faim. En Côte d'Ivoire, les dirigeants politiques m'ont confié leurs craintes de voir la crise saper leurs efforts pour établir une authentique démocratie - à un moment où ils sont tout près de réussir. Au Burkina Faso, le président m'a dit que son pays avait désespérément besoin d'aide. La moitié des habitants vit avec 1 dollar, voire moins, par jour, la plupart étant des petits agriculteurs. Le ministre des affaires étrangères s'est exprimé en termes très forts. La crise alimentaire, a-t-il dit, constitue une menace bien plus dangereuse que celle du terrorisme, "elle conduit les gens à douter de leur propre dignité d'être humain". Il peut être tentant de laisser les marchés opérer leur magie. Si les prix augmentent, dit-on, l'offre suivra. Mais nous vivons dans le monde réel, pas dans celui de la théorie économique. Dans la vallée du Rift, au Kenya, le grenier à blé de l'Afrique orientale, les fermiers ne plantent que le tiers de ce qu'ils ont planté l'an dernier. Pourquoi, alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que la hausse des prix les incite à planter plus ? Tout simplement parce qu'ils ne peuvent pas acheter d'engrais, dont les prix connaissent une augmentation vertigineuse. Nous constatons la même chose au Mali, au Laos ou en Ethiopie. C'est la recette même du désastre. Au début de cette semaine, à Berne, j'ai réuni les responsables des agences de l'ONU et des principales organisations multilatérales pour l'aide et le développement. Nous nous sommes mis d'accord sur un plan d'action d'urgence. Le premier impératif est de nourrir ceux qui ont faim. Le Programme alimentaire mondial (PAM) aide 73 millions de personnes. Pour qu'il y parvienne, il lui faut trouver 755 millions de dollars supplémentaires à seule fin de couvrir la hausse des coûts. Les pays participants se sont déjà engagés à fournir 475 millions de dollars. Mais les promesses n'emplissent pas les estomacs, et l'agence ne dispose actuellement que de 18 millions de dollars. Nous ne pouvons nous permettre de rester bloqués dans la crise. Afin d'assurer une nourriture suffisante pour tous demain, nous devons agir dès aujourd'hui et procurer aux petits agriculteurs le soutien dont ils ont besoin pour améliorer leurs prochaines récoltes. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a donc demandé 1,7 milliard de dollars pour financer une initiative d'urgence permettant de fournir aux pays à faibles revenus. Le Fonds international pour le développement agricole va mettre 200 millions de dollars à la disposition des agriculteurs pauvres des pays les plus touchés. La Banque mondiale envisage d'établir une structure internationale de réponse à la crise. Afin de coordonner ces mesures, je vais mettre en place un comité de travail des Nations unies sur la crise alimentaire mondiale que je présiderai Je ne ménagerai aucun effort pour mobiliser la volonté politique de tous lors du sommet des pays du G8 prévu en juillet au Japon, et à l'occasion de la conférence de la FAO sur la sécurité alimentaire prévue à Rome début juin. Nous pouvons juguler cette crise. Nous en avons les moyens. Nous le savons. Nous devrions considérer cette situation pas seulement comme un problème mais aussi comme une chance immense de nous attaquer aux problèmes fondamentaux de nombre de gens les plus démunis du monde, dont 70 % sont des agriculteurs pauvres. Si nous les aidons - si nous leur fournissons à la fois de l'aide et un mélange équilibré de politiques locales et internationales -, la solution est à notre portée. Lors de mon périple en Afrique de l'Ouest, j'ai découvert plusieurs raisons d'être optimiste. Au Burkina Faso, j'ai vu un gouvernement qui, avec l'aide de pays comme le Brésil, travaille à importer des semences résistant à la sécheresse et à mieux gérer les rares ressources en eau disponibles. En Côte d'Ivoire, nous avons vu une coopérative de femmes qui s'occupe d'un élevage de poulets mis en place grâce à des fonds de l'ONU. Le projet, qui génère revenus et nourriture aux villageois, peut facilement être reproduit ailleurs. Dans un autre village, un groupe de femmes, avec l'aide de l'ONU, augmentent peu à peu la production agricole locale et pourront, sous peu, remplacer le riz fourni par le PAM par leur propre culture. Ce sont là des solutions basiques et concrètes à des problèmes basiques - précisément le genre de solution dont l'Afrique a besoin. Lors d'une visite d'une école primaire en construction à Ouagadougou, j'ai raconté aux enfants les conditions dans lesquelles j'avais moi-même étudié : une école sans murs, où nous étions assis à même la terre. Je leur ai expliqué que j'avais moi aussi connu la faim dans mon enfance - nous avions tout juste de quoi nous nourrir, mes propres grands-parents et d'autres personnes âgées contraintes de fouiller dans les ordures pour trouver de la nourriture, les enfants en bas âge ayant à peine de quoi assurer leur croissance. Je me suis souvenu de ces images lors de mon voyage en Afrique, et j'ai pensé à l'abondance des ressources que recèle ce continent, à la force et au courage de ses habitants. Si mon propre pays( la Corée du Sud) est parvenu à surmonter ses traumatismes pour devenir une puissance économique, l'Afrique en est tout aussi capable. La seule condition, c'est que nous l'y aidions. Nous pouvons commencer à le faire en prenant les mesures indispensables pour maîtriser la crise alimentaire. Traduit de l'anglais par Gilles Berton. Ban Ki-moon est secrétaire général des Nations unies.
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Article publié dans Le Monde du 3 Décembre 2008 Deux grands chocs ont secoué le XXIe siècle. Le 11 septembre 2001, l'ordre politico-sécuritaire a subi la plus grande attaque qui se soit jamais produite contre l'ordre établi. Des fanatiques ont défié la communauté internationale, en voulant nous entraîner vers une nouvelle "barbarie". Autour des Etats-Unis, la solidarité mondiale a été totale dans la lutte contre le terrorisme. Malheureusement, les décisions prises ensuite n'ont pas été les plus appropriées : au lieu de s'attaquer aux véritables causes de cette crise, on a préféré créer de nouveaux ennemis. Le deuxième choc, le 15 septembre 2008, a été l'ébranlement du système financier et économique mondial. Heureusement, cette fois, les acteurs importants ont pris conscience de l'urgence de prendre des mesures pour stabiliser les marchés financiers, réformer les institutions financières. La lutte contre la pauvreté et l'aide au développement ont conservé une place prioritaire au sein de ces propositions. Et c'est dans ce contexte que nous, les pays développés, c'est-à-dire les pays riches, devons tirer une conclusion claire : face à la crise, il faut lancer que 0,7 % du produit intérieur brut (PIB) mondial soit consacré à l'aide au développement. Le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, a lancé un appel à la communauté internationale et à la société civile globale lors du Sommet d'évaluation des objectifs du Millénaire des Nations unies. L'attention a été attirée sur la nécessité de la mobilisation de toutes les énergies et stratégies pour éradiquer la faim et la pauvreté en ce début de siècle. Aujourd'hui, il est possible d'y parvenir. Le secrétaire général, M. Ban Ki-moon, s'est prononcé de nouveau en ce sens lors de l'Assemblée générale des Nations unies, au cours de laquelle il a déclaré sans équivoque que nous pouvions mettre un terme à la pauvreté. La responsabilité éthique et politique repose sur les pays les plus développés de l'OCDE et de l'Union européenne, ainsi que sur les pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Nous devons exercer cette responsabilité de manière plus rigoureuse et par des apports nouveaux, même en période de récession économique mondiale. L'appel lancé à la communauté internationale a été réitéré à la conférence de Doha et le sera à nouveau auprès de l'Union européenne, qui a adopté en 2005 l'engagement de 0,7 % pour l'année 2015, ce qui signifie 0,56 % en 2010. Le gouvernement espagnol prône audace et ambition pour éradiquer la pauvreté extrême et la faim : atteindre 0,6 % au cours du semestre de la présidence espagnole de l'Union européenne. Pour atteindre l'objectif de 0,7 %, qui est très loin d'être satisfait, la société civile globale doit se faire l'écho de ces propositions et réunir les efforts obligatoires des Etats, de manière à permettre l'unification des différentes initiatives. Je crois qu'il est possible de corriger le déficit de 210 milliards de dollars pour atteindre le chiffre de 0,7 % du PIB mondial et le destiner à l'aide au développement et à l'accomplissement des objectifs du Millénaire. En 1969, le premier ministre canadien Pearson a proposé comme objectif volontaire que les pays puissent destiner 0,7 % de leur PIB à l'aide au développement. Quarante ans plus tard, il serait logique que ce qui était volontaire devienne désormais obligatoire. Puisque certaines résolutions obligatoires sont adoptées au sein des Nations unies, pourquoi ne pourrions-nous pas exiger ce nouvel engagement coercitif pour éradiquer la pauvreté extrême ? Je suis conscient de la difficulté que cet engagement représente, et je sais bien que nous ne pouvons pas rendre mondialement obligatoire, d'une façon immédiate, quelque chose de volontaire. C'est pourquoi j'estime que la création d'une nouvelle commission au sein de l'ONU pour la lutte contre la pauvreté favoriserait la mise en oeuvre de nouveaux instruments de financement, ainsi que l'élaboration d'un programme d'action pour accompagner les activités du PNUD et des agences de coopération, et répondre aux besoins essentiels de chacun des huit objectifs de développement du Millénaire. EFFORT D'IMAGINATION Cette commission devra bénéficier d'un degré élevé de légitimité politique et de représentativité, et incorporer aux principales agences des Nations unies les pays les plus représentatifs, la société civile, les ONG, etc. Cet instrument permettra d'établir des critères de contribution pour impliquer à la fois les pays, les entreprises transnationales, les moyens de communication et la société civile. L'approche politique facilitera la mise en place d'un calendrier de priorités, l'incorporation d'instruments d'évaluation efficaces et transparents, et la conscience et l'engagement de l'opinion publique internationale. L'éradication de la pauvreté exige de nous un effort d'imagination et d'engagement, aussi bien de la société espagnole que de ses représentants et de la communauté internationale. La faim réclame de nouvelles contributions, à la fois possibles, nécessaires et urgentes, ainsi que de nouvelles sources financières et de nouveaux mécanismes de gestion. Elle requiert un nouvel élan politique. Miguel Ángel Moratinos est ministre espagnol des affaires étrangères et de la coopération.
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