ECOSEN, une aure façon de voyager...
     

Extraits de Presse



31.05.2009 14:00:12

Article publié dans Le Monde, du 2 Juin 2008

L'un des plus célèbres graffitis apparus sur les murs de Paris en Mai 68 disait : "Les structures ne défilent pas dans la rue !" - autrement dit : on ne saurait expliquer les grandes manifestations étudiantes et ouvrières de 1968, selon les termes du structuralisme, comme des phénomènes déterminés par les changements structurels de la société.

Or la réponse de Jacques Lacan a été d'affirmer que c'est précisément ce qui s'est passé en 1968 : les structures sont bel et bien descendues dans la rue. Les explosifs événements visibles étaient au bout du compte le résultat d'un déséquilibre structurel - le passage d'une forme de domination à une autre, que Lacan définissait comme le passage du discours du maître à celui de l'université.

Une vision aussi sceptique n'est pas sans fondement. Comme l'ont souligné Luc Boltanski et Eve Chiapello dans leur livre Le Nouvel Esprit du capitalisme (Gallimard, 1999), une nouvelle forme de capitalisme a peu à peu émergé à partir des années 1970 : elle a développé une forme d'organisation en réseaux fondée sur l'initiative et l'autonomie des employés sur le lieu de travail. Ce faisant, le capitalisme a détourné la rhétorique autogestionnaire anticapitaliste d'extrême gauche pour en faire un slogan capitaliste : le socialisme se vit rejeté comme conservateur, hiérarchique et administratif. La véritable révolution était celle du capitalisme numérique...

Ce qui a survécu de la libération sexuelle des années 1960 est cet hédonisme tolérant qui s'est si bien intégré à notre idéologie hégémonique : aujourd'hui, la jouissance sexuelle n'est pas seulement autorisée, elle est quasiment obligatoire - celui qui ne jouit pas se sent culpabilisé. Cette quête de formes radicales de plaisir a surgi à un moment politique précis : celui où "l'esprit de 68" a épuisé ses potentiels politiques. A cet instant critique (le milieu des années 1970), la seule option qui restait était une poussée brutale et directe vers le réel, laquelle se manifesta sous trois formes principales : la recherche de formes extrêmes de plaisir sexuel ; le virage vers le réel de l'expérience intérieure (le mysticisme oriental) ; et enfin le terrorisme politique gauchiste (la Fraction armée rouge en Allemagne et les Brigades rouges en Italie, etc.).

Les conséquences de ce retrait se font sentir aujourd'hui encore. Ce qui était frappant lors des émeutes dans les banlieues françaises de l'automne 2005, où l'on a vu brûler des milliers de voitures dans une vaste éruption de violence, c'est l'absence totale de toute perspective utopiste positive chez les émeutiers. Si le cliché usé selon lequel nous vivons dans une époque post-idéologique a un sens, il se situe là. Cela nous en dit long sur notre situation actuelle : dans quel genre de monde vivons-nous, où la seule alternative possible au consensus démocratique forcé est l'explosion de violence (auto-) destructrice ?

Souvenons-nous du défi adressé par Lacan aux étudiants contestataires : "En tant que révolutionnaires, vous êtes des hystériques qui réclament un nouveau maître. Vous en aurez un." Et nous l'avons eu, en effet - sous la forme du maître postmoderne "permissif" dont la domination est d'autant plus forte qu'elle est moins visible. Si de nombreux changements positifs ont accompagné ce passage, on doit pourtant se poser la question de fond : toute cette ivresse de liberté n'aura-t-elle été que le moyen de substituer une nouvelle forme de domination à l'ancienne ? Si nous considérons notre situation actuelle avec le regard de l'année 1968, nous ne devons pas oublier le véritable héritage de cette époque : le coeur de Mai 68 était le rejet du système libéral-capitaliste, un non adressé au système dans son ensemble.

Il est facile de se moquer de la notion de fin de l'Histoire développée par Fukuyama, mais, aujourd'hui, la majorité des gens sont fukuyamistes : le capitalisme libéral-démocratique est accepté comme la formule enfin découverte de la meilleure société possible, tout ce que nous pouvons faire est de le rendre plus juste, plus tolérant, etc.

C'est pourquoi, une fois encore, la seule véritable question aujourd'hui est : devons-nous prendre acte de cette acceptation généralisée du système, ou bien le capitalisme global actuel produit-il en son sein des contradictions suffisamment puissantes pour empêcher sa reproduction perpétuelle ?

Ces contradictions sont au moins au nombre de quatre : la menace d'une catastrophe écologique ; l'inadaptation de la notion de propriété privée appliquée à ce que l'on appelle la "propriété intellectuelle" ; les implications socio-éthiques des nouveaux développements techno-scientifiques (notamment en biogénétique) ; enfin, et ce n'est pas le moins important, l'apparition de nouvelles formes d'apartheid, de nouveaux murs et bidonvilles. Le 11-Septembre sonne le glas des heureuses années clintoniennes et symbolise l'époque qui s'ouvre, dans laquelle de nouveaux murs surgissent partout, que ce soit entre Israël et la Cisjordanie, autour de l'Union européenne ou à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.

Les trois premières de ces contradictions concernent les domaines que Michael Hardt et Toni Negri appellent les "communs", la substance partagée de notre être social dont la privatisation est un acte violent auquel on devrait résister, si nécessaire, par des moyens violents. Parmi eux, on distingue les communs de nature extérieure, menacés par la pollution et l'exploitation ; les communs de nature intérieure ; et les communs de la culture, les formes immédiatement socialisées de capital "cognitif", au premier rang desquels le langage, notre principal outil de communication et d'éducation, mais aussi les infrastructures partagées des transports publics, de l'électricité, de la poste, etc.

Si on laissait Bill Gates s'assurer une position de monopole, nous nous retrouverions dans la situation absurde où un individu particulier posséderait littéralement la texture logicielle de notre principal réseau de communication. Nous prenons peu à peu conscience des potentiels destructeurs, pouvant aller jusqu'à l'auto-annihilation de l'humanité elle-même, qui se déchaîneraient si on laissait la logique capitaliste s'emparer de ces communs.

Ce besoin d'établir une organisation et un engagement politiques globaux capables de neutraliser et de canaliser les mécanismes du marché ne revient-il pas à adopter une perspective communiste ? La référence aux "communs" justifie par conséquent la résurrection de la notion de communisme : elle nous permet de considérer la privatisation progressive des communs comme un processus de prolétarisation de ceux qui se trouvent ainsi exclus de leur propre substance.

Mais seule la contradiction entre inclus et exclus est véritablement à même de justifier le terme de communisme. A travers différentes sortes de bidonvilles, nous assistons dans le monde entier à la croissance rapide de populations échappant à tout contrôle étatique, vivant dans des conditions de semi-illégalité, et qui manquent de façon criante des formes minimales d'auto-organisation.

Bien que cette population soit composée de travailleurs marginalisés, de fonctionnaires licenciés et d'ex-paysans, ces derniers ne constituent pas pour autant un surplus inutile : ils sont intégrés par bien des aspects dans l'économie globale, puisque beaucoup d'entre eux travaillent comme salariés au noir ou entrepreneurs individuels, privés de toute espèce de couverture médicale ou sociale adéquate.

Il ne s'agit pas d'un accident malheureux, mais du résultat inévitable de la logique intime du capitalisme global. Un habitant des favelas de Rio de Janeiro ou d'un bidonville de Shanghaï n'est pas différent de l'individu qui vit dans une banlieue parisienne ou un ghetto de Chicago. La tâche essentielle du XXIe siècle sera de politiser - en les organisant et en les disciplinant - les "masses déstructurées" des bidonvilles.

Si nous ignorons ce problème des exclus, toutes les autres contradictions perdront de leur pertinence subversive. L'écologie se limitera à un problème de développement durable, la propriété intellectuelle à un problème juridique complexe, la biogénétique à une question éthique.

Bref, sans la contradiction entre inclus et exclus, nous pourrions fort bien nous retrouver dans un monde où Bill Gates bénéficierait de l'image d'un grand travailleur humanitaire luttant contre la pauvreté et les maladies, et Rupert Murdoch celle d'un champion de l'environnement capable de mobiliser des centaines de millions d'individus grâce à son empire médiatique.

Ce qui nous menace, c'est de nous voir réduits à des sujets cartésiens abstraits et vides, privés de tout contenu substantiel, dépossédés de notre substance symbolique, contraints de subir la manipulation de notre base génétique et de végéter dans un environnement invivable. Cette triple menace à l'égard de notre être tout entier fait de nous tous, d'une certaine façon, des prolétaires potentiels, et la seule façon de nous y opposer est d'agir de façon préventive.

La véritable utopie est de croire que le système global actuel peut se reproduire indéfiniment ; la seule façon d'être vraiment réaliste est d'envisager ce qui, au regard des critères de ce système, ne peut apparaître autrement qu'impossible.

Traduit de l'anglais par Gilles Berton.

Slavoj Zizek est philosophe.


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31.05.2009 13:50:56

Article de synthèse écrit par Fernand VINCENT le 7 Novembre 1999

LE MICRO-CREDIT EST-IL UN INSTRUMENT DE DEVELOPPEMENT ?

Dans le passé, le micro-crédit est souvent lié à l'usure. Les marchands qui accordent de petits crédits à ceux qui ne peuvent joindre les deux bouts ont été les premiers à prêter de petites sommes. Malgré les taux d'intérêts très élevés, souvent camouflés en remboursements en nature au moment de la récolte, les usuriers avaient du succès.

La proximité et l’intégration du prêteur dans le milieu culturel des emprunteurs est important car cette connaissance réciproque était le moyen de la couverture du risque. Peu à peu, ces prêteurs furent contestés à cause des intérêts astronomiques qu'ils demandaient.

Les églises et les prêtres prirent des initiatives d'organiser le petit crédit local. Le premier objectif de ces initiatives fut de rassembler l'épargne des populations et le curé de la paroisse fut souvent le trésorier assurant la garantie que l'argent épargné était bien en sécurité. Ce n'est que plus tard, que, l'épargne globale de ces caisses devenant importante, furent créées de petites banques qui commencèrent à prêter pour promouvoir des activités économiques et des entreprises locales.

Mais le terme de "micro-crédit" est devenu connu par l'initiative des Grameen Bank du Bangladesh. Le modèle Grameen repose sur le principe: prêts et épargne par petits groupes de personnes, surtout des femmes, qui se connaissent, se rencontrent régulièrement (chaque semaine) et qui acceptent de jouer le jeu de la caution mutuelle pour couvrir le risque éventuel que l'une d'elles ne puisse rembourser son prêt. Les Grameen Bank et des initiatives semblables créées dans d'autres pays se développèrent de 1980 à 1995. Elles sont devenues des banques reconnues par les Etats et les organisations internationales.

QU'ENTEND-ON EXACTEMENT PAR "MICRO-CREDIT"?

Il n'y a pas de consensus parmi les professionnels pour définir ce qu'est le microcrédit. Les uns, estiment que tout crédit de plus de 100 $ US n'est plus du micro-crédit. Les autres, et ce sont les plus nombreux, prêtent des sommes, en monnaie locale, allant de100 à 5.000 voire 10.000 $US et plus et considèrent leurs prêts comme du microcrédit. Quelquefois seulement, il est lié à l'épargne, en particulier en Afrique.

LES DIFFERENTS TYPES D'ORGANISATIONS QUI GERENT LE MICROCREDIT

Au cours de ces dix dernières années, les gestionnaires du micro-crédit se sont développés face à la demande. Ils peuvent être classés actuellement de la façon suivante :

a. Les caisses locales d'épargne et de crédit et les tontines

Les tontines sont la forme traditionnelle la plus efficace de l'épargne et du petit crédit. Tout comme les caisses locales et mutuelles, elles ne sont pas reliées à de grandes organisations, ni aux banques. Elles agissent de façon autonome pour un groupe de villages ou un quartier urbain. Elles reçoivent l'épargne de leurs membres, fixent elles-mêmes les taux d'intérêt sans tenir compte des lois et du marché financier.

b. Les systèmes nationaux et internationaux d'épargne et de crédit

De nombreuses caisses locales d'épargne et de crédit se sont organisées pour obtenir davantage de crédit que les possibilités créées par leur épargne ou pour placer l'épargne non prêtée. Elles ont constitué des unions et fédérations, quelquefois puissantes à l'exemple de l'APRACA (Association de crédit agricole d'Asie et du Pacifique).

c. Les Fondations et ONG, gestionnaires de micro-crédits

Depuis une vingtaine d'années, de très nombreuses fondations ou ONG se sont créées pour distribuer et gérer le micro-crédit. Ces organisations agissent comme des intermédiaires entre les "financeurs" (agences de coopérations, ONG du Nord, banques, etc.) et les demandeurs de crédit, isolés ou organisés en petits groupes professionnels. Des millions de petits producteurs ou commerçants dépendent de leur action.

QUELQUES QUESTIONS ESSENTIELLES CONCERNANT LE MICROCREDIT

a. Le micro-crédit est-il un outil de développement économique ?

Est-il possible de créer des entreprises et donc de résoudre en partie les problèmes de l'emploi et de développer la croissance économique par le micro-crédit ? La réponse n'est pas simple. Deux études, réalisées en Asie nous donnent une première réponse intéressante :

- Les crédits inférieurs à 100 $US, accordés principalement aux femmes, ne créent que très rarement (moins de 3%) de petites entreprises ou des emplois nouveaux. Ces crédits améliorent la situation sociale des bénéficiaires qui peuvent ainsi trouver les fonds nécessaires pour satisfaire des besoins de première nécessité (santé, nourriture, logement, écolage, etc.). Il y a donc amélioration, mais rares sont les bénéficiaires qui dépassent le seuil de pauvreté.

- Ces micro-crédits ont toutefois un rôle essentiel qui est avant tout un "plus social" et en cela, il doit être développé.

- Les crédits entre 100 et 1.000 $US sont du même ordre. Ils améliorent cependant nettement le pourcentage (7 à 12 % selon les pays et les cas) de création d'emplois et de petites entreprises nouvelles.

- Ce sont des crédits de 5.000 $US et plus qui déclenchent un processus de croissance par l'investissement dans de nouvelles unités de production, l'amélioration de la productivité et l'ouverture sur de nouveaux marchés.

Ainsi, il apparaît nécessaire de bien choisir les bénéficiaires-cibles du crédit quand on lance un programme. Si on désire atteindre les plus pauvres, on le fera avec des crédits de 20 à 300 $US et un objectif social pas forcément rentable financièrement. Si on veut créer des emplois et augmenter de façon significative les revenus, il faut alors avoir recours à des clients différents et des crédits d'un montant plus important.

b. A quel taux d'intérêt faut-il prêter ?

Il y a plusieurs "écoles".

a. Les uns, en particulier les donateurs ONG chrétiennes du Nord et leurs partenaires du Sud, défendent le principe que les pauvres ne peuvent payer des intérêts au prix du marché et qu'en conséquence, il faut prêter sans intérêt ou à des taux d'intérêt très bas (1 à 3% quelle que soit l'inflation. Ce modèle a donc de grandes limites et peu d'avenir.

b. Les caisses d'épargne et de crédit, adoptent des taux d'intérêt en dessous de ceux du marché. Ils le peuvent, car ils ne rétribuent pas ou peu l'épargne récoltée.

c. De plus en plus nombreuses sont les organisations qui gèrent autrement le micro-crédit. Les taux de prêts du crédit incluent non seulement le coût de l'intérêt bancaire (y compris l'inflation), mais aussi une participation à un fonds de couverture de risque, le paiement proportionnel des appuis reçus en formation et conseils et même des contributions à des caisses de solidarité qui interviennent en cas de décès ou d'événements spéciaux.

d. Ainsi, à l'exemple de nombreuses fondations et ONG du Sud, citées ci-avant, les taux d'intérêt des prêts varient de 2 à 5% par mois pour de petits crédits à court terme. Nombreuses sont les organisations qui prêtent donc entre 30 et 60%, voir plus.

Dès lors, cette question a une réponse claire. On peut aider les pauvres avec des prêts sans intérêt ou à intérêts subventionnés, mais on ne peut continuer "à jouer les Mères Teresa" sans être conscients que de tels programmes ne sont pas durables et se termineront avec la fin de l'aide.

c. Quels risques ?

La plupart des organisations de gestion du micro-crédit annoncent des résultats de remboursement de prêts variant entre 95 et 100 %. Que faut-il en penser ? N'y a-t-il pas ou peu de risques à effectuer du micro-crédit ?

La réponse n'est pas simple. Souvent, pour des raisons stratégiques, ces organisations ne prennent pas en compte certains coûts ou non remboursements. L'étude de la réalité démontre que le risque est supérieur à celui annoncé et qu'il est très étroitement lié à la qualité de l'appui et du suivi des prêts.

Par ailleurs, les risques sont aussi liés aux compétences des organismes de gestion du micro-crédit. Trop souvent des ONG non spécialisées ont prêté et n'ont pas ou peu été remboursées. Ces organisations ont fait beaucoup de tort. Elles ont confondu "dons" et "prêts". "On ne prête pas à celui qui ne peut rembourser, sinon on le tue..." dit-on maintenant au Sahel.

d. Comment accéder au crédit des banques commerciales locales ?

L'objectif final, si on veut que le micro et les petits crédits aient un impact plus important et répondre davantage que maintenant aux besoins exprimés, est d'établir progressivement des relations professionnelles entre ces nouvelles catégories de clients et les banques commerciales locales.

Le premier moyen, bien connu, et dont on a déjà parlé est la "caution mutuelle". Ce système "marche" souvent, mais systématisé, il n'apporte pas toute la sécurité dont on parle. La couverture du risque par l'hypothèque d'un bien (sauf celle d'immeubles modernes) ne fonctionne pas bien et se révèle aussi très coûteuse.

e. Et la garantie bancaire ?

C'est une des meilleures façons d'obtenir des prêts des banques commerciales. Ces garanties sont celles des salaires de membres de la famille ou d'amis. Ce sont aussi des garanties bancaires locales ou internationales.

Le principe est simple : constituer un Fond en monnaie forte et l'investir dans une banque internationale qui accordera une garantie à une banque locale qui prêtera, parce que son risque est totalement ou partiellement couvert, aux petits emprunteurs locaux regroupés ou non. Une ONG locale est souvent l'intermédiaire de ces opérations.

Sur la base d'une étude comparative de l'impact de tels fonds il a été possible de tirer les leçons suivantes :

a. Ces fonds de garanties ont permis à des dizaines de milliers de petits producteurs, femmes et hommes, paysans ou commerçants, artisans et petits entrepreneurs du secteur non formel, "d'entrer en banque" et de recevoir les crédits qu'ils réclamaient depuis longtemps.

b. Le deuxième résultat de l'usage de la garantie bancaire est celui de l'effet multiplicateur qu'il entraîne. En effet, si les négociations sont bien menées entre l'émetteur de la garantie et la banque qui la reçoit, cette dernière est amenée à prendre progressivement plus de risques, puisque les remboursements sont bons, et à attribuer deux, trois, cinq, dix, voire plus de crédit que le montant de la garantie reçue. La garantie internationale permet alors de mobiliser les ressources financières locales.

CONCLUSIONS

Depuis le Sommet de Washington, le micro-crédit est devenu une mode, souvent même un nouveau gadget de l'aide internationale. Certains voient en lui la solution aux échecs répétés de la coopération entre le Nord et le Sud. Comme l'a bien décrit M. MOTCHANE dans le Numéro spécial du Monde Diplomatique sur le microcrédit( 7), le secteur privé, après l'ONU, est en train de récupérer le micro-crédit pour en faire un nouvel outil qui devrait prouver leur intérêt à "éradiquer la pauvreté". Il est temps de dire clairement les choses. Le micro-crédit existe depuis longtemps, et on n'a pas attendu 1998 pour l'inventer. Beaucoup d'échecs et de réussites jalonnent le chemin des projets financés par le micro-crédit. Regardons le passé afin d'en tirer les leçons pour l'avenir.

Nous croyons que le crédit, s'il est bien utilisé, est un outil efficace de développement à condition d'étudier avec soin les groupes cibles que l'on veut aider. Professionnalisme, connaissance du milieu, adaptation des moyens aux conditions locale pour répondre aux vrais besoins, ce sont là les exigences de la réussite. Le micro-crédit est une arme contre la pauvreté, mais il est coûteux et doit être subventionné. Les petits et moyens crédits doivent être développés davantage encore, car c'est eux seulement qui s'attaquent aux causes de la pauvreté en créant des emplois et en facilitant la croissance.

Fait à Genève, le 7 novembre 1999.

 


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31.05.2009 13:44:09

Article publié dans Le Monde le 20 Janvier 2006

Baba Sarr attendait ce moment depuis des années. Lorsqu'il a appris le retour du Bou-el-Mogdad sur le fleuve Sénégal, il n'a pas hésité à quitter de nouveau son village et ses neuf enfants pour rejoindre l'équipage du bateau, qui assure depuis octobre la liaison entre Saint-Louis et Podor. A 74 ans, Baba Sarr a effectué pratiquement tous les voyages de cet ancien navire fleuron des Messageries du Sénégal, mis en service en 1954 pour le transport des passagers et des marchandises et parti jouer les navires de croisière sur d'autres eaux dans les années 1980, en Guinée-Bissau, en Sierra Leone et dans la région sénégalaise du Sine Saloum.

Boubou en coton et chapeau tonkinois vissé sur la tête, Baba tient fièrement la barre au côté du commandant Bakaly Kébé : "C'est mon fleuve, j'y suis né. Il n'y a pas un endroit où je ne me sois pas arrêté, tout le monde me connaît sur les rives." A chacune des escales sur la route des anciens comptoirs, il retrouve l'effervescence colorée des arrivées à quai dans la clameur des cris d'enfants. Le retour du bateau sur les eaux du Sénégal a mobilisé les foules avec la réouverture du pont Faidherbe, cette sorte de tour Eiffel couchée édifiée en 1897 qui relie l'île de Saint-Louis au quartier de Sor et dont la travée tournante était restée immobile pendant près de vingt ans. "Le Bou-el-Mogdad pourrait à nouveau servir de lien entre les populations des villages, en assurant comme avant la distribution du courrier, surtout en période d'hivernage, où les routes sont impraticables", plaide le Saint-Louisien Jean-Jacques Bancal, à l'origine, avec d'autres amoureux du fleuve, de la réhabilitation du bateau.

Modifié par de nombreux barrages destinés à endiguer la remontée du sel dans le delta, le Sénégal n'est plus ce fleuve emprunté par "de longues pirogues à éperons, à museau de poisson et à tournure de requin", décrit dans Le Roman d'un spahi que Pierre Loti rédigea en 1881 quelques années après un séjour à Saint-Louis. Avec ses 51 mètres de long et sa capacité d'accueil d'une cinquantaine de voyageurs, le Bou-el-Mogdad est aujourd'hui la seule embarcation de taille à desservir cette portion du plus grand cours d'eau du pays, qui prend sa source dans le Fouta-Djalon, en Guinée. D'où un sentiment d'immensité et de temps suspendu sur ces eaux qui bordent le désert mauritanien, avant de rejoindre l'Atlantique.

C'est sur ce cordon de sable, qui s'étire entre fleuve et océan sur une vingtaine de kilomètres, que se trouve le quartier Guet N'dar, l'un des plus pittoresques de Saint-Louis. Une fois passées les ruelles, où vélomoteurs et carrioles à cheval tentent de se frayer un chemin au milieu des chèvres et des parties de foot improvisées, l'arrivée sur la plage offre un spectacle saisissant. Dans une atmosphère saturée par les odeurs âpres et les fumées troubles de chaudrons bouillonnants, les femmes font sécher au soleil les quelque 30 000 tonnes de poissons ramenés chaque année par les pêcheurs et expédiés une fois transformés vers Dakar.

Ailleurs, le temps semble figé dans l'ancienne capitale de l'Afrique occidentale française, où subsistent des témoignages des heures sombres de l'esclavage. Les façades rongées par le sel rappellent le passé colonial, comme l'ancienne demeure des soeurs de Cluny, rue Blaise-Dumont, et son escalier à double révolution, qui servit de décor au film Coup de torchon de Bertrand Tavernier ou encore l'Hôtel de la Poste, escale favorite de l'aviateur Mermoz aux grandes heures de l'Aéropostale. Même si Saint-Louis est inscrite depuis six ans au Patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, sa rénovation peine à démarrer.

Passé le barrage de Diama, à 20 kilomètres au nord de la ville, le fleuve suit paresseusement son cours jusqu'à l'embouchure du Djoudj, une rivière qui constitue le premier point d'eau douce rencontré par les oiseaux après la longue traversée du Sahara. Troisième réserve ornithologique au monde classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 1980, le parc national du Djoudj accueille plus de trois millions d'oiseaux venus hiverner entre novembre et avril. Il faut approcher les marécages en pirogue aux premières lueurs de l'aube, lorsque le ciel mauve caresse les étendues de joncs, pour observer à loisir la chorégraphie des ibis noirs, hérons cendrés, cigognes, oies de Gambie, aigles pêcheurs et autres canards siffleurs. Gardien du parc depuis 1973, Insa Ngom a recensé 365 espèces dans la cuvette du Djoudj. Au loin, on aperçoit les potamochères détaler derrière les mangroves, tandis que les frêles jacanas glissent gracieusement sur les nénuphars et la salade d'eau. La vision la plus étourdissante est celle des colonies de pélicans qui forment une marée blanche et orange à perte de vue.

Plus haut sur le fleuve, le périple se poursuit vers les villages wolofs de Dagana ou de Richard Toll, d'anciens comptoirs jadis réputés pour le commerce de la gomme arabique convoyée en caravane à travers le désert de Mauritanie. Richard Toll (le jardin de Richard, en wolof) tient son nom d'un fonctionnaire français qui tenta quelques expériences agricoles auprès du baron Roger, gouverneur civil de 1822 à 1827. Avec ses colonnades néoclassiques envahies par les mauvaises herbes et sa façade décrépite, la folie édifiée par le baron a le charme de ces vieilles bâtisses léchées par les vents qui tentent péniblement de résister aux années. Le silence des lieux contraste avec l'animation de cette bourgade industrieuse de 60 000 habitants, dont près du quart travaillent pour la Compagnie sucrière sénégalaise. Il faut se promener dans les quelque 8 000 hectares de la plantation sucrière pour assister au brûlage des cannes dans des vapeurs sucrées. Un parfum caramélisé qui reste en mémoire jusqu'à l'arrivée à Podor, où le fort de terre ocre joue les citadelles fantômes aux marges sahéliennes du fleuve.

Anne-Laure Quilleriet


  voyage | Afrique | Sénégal
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31.05.2009 13:38:13

Texte extrait du Web en Novembre 2008.

Depuis que l'économiste Muhammad Yunus, père de la Grameen Bank a reçu le prix Nobel de la paix en 2006, le microcrédit est à la mode. Encore rarement au sein des banques classiques, mais sur Internet, le phénomène décolle.

Le leader des enchères en ligne, eBay, vient ainsi d'inaugurer Microplace.com, une plate-forme sur laquelle les internautes peuvent soutenir les projets des habitants des pays en voie de développement. Les membres d'eBay indiquent le montant qu'ils veulent investir (au minimum 100 dollars) et le transfert se fait, soit au travers d'un compte bancaire, soit par Paypal.

L'argent est alors placé dans des valeurs mobilières par des fondations spécialisées. La première a avoir signé avec eBay est la Calvert Social Investment. Celle-ci investit des fonds auprès d'organismes locaux, qui, eux, prêtent l'argent aux particuliers ou aux entrepreneurs.

Le système proposé par Microplace.com est quelque peu différent de ceux proposés jusque-là sur la Toile. Sur Kiva.org, les internautes choisissent directement les projets qu'ils désirent soutenir : par exemple, la boutique de bonbons d'Afari Agyei au Congo ou le débit de boisson du jeune Nigérian Chichi Obianeli.

Pas de choix du projet

A l'inverse, sur Microplace, l'internaute n'a aucun droit de regard sur la manière dont seront utilisés ses fonds. Il peut choisir le pays dans lequel il souhaite investir, mais aucunement les projets eux-mêmes. Ces derniers sont sélectionnés par les organismes locaux et la fondation. La mutiplication d'intermédiaires déshumanise donc quelque peu l'expérience.

Mais, selon Tracey Pettengill, la fondatrice et directrice de MicroPlace, le système permet de « s'assurer un retour sur investissement ». En clair, que les emprunteurs pourront bien rembourser leur prêt. « Les émetteurs ont généralement enregistré de très bons résultats avec pratiquement aucun antécédent de défaut, après une dizaine d'années d'investissements dans le microcrédit » , indique Reuters. Microplace existe en effet depuis plusieurs années.

Mais la société n'est entrée dans le giron d'eBay qu'en juin 2006 et n'avait pas de présence sur la Toile. Dix-huit mois plus tard, le leader des enchères en ligne a donc décidé d'ouvrir enfin une plate-forme en ligne, accessible via une connexion sécurisée.


  Grameen | microcrédit | kiva.org | micro-crédit
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31.05.2009 13:14:13

Article publié dans Le Monde du Jeudi 29 Novembre 2007

Sous l'auvent tendu pour l'occasion, qui protège du soleil encore mordant du début de la saison sèche au Sénégal, elles sont entre 300 et 400, assises en rangs serrés et silencieuses, nerveuses à l'idée de devoir prendre la parole en public. Venues de toute la région de Thiès, une grosse métropole agricole à 50 km de Dakar, elles ont fait des heures de route à bord de taxis-brousse brinquebalants et bondés, pour participer à l'assemblée générale de Femme développement entreprise en Afrique (FDEA), l'une des principales ONG du pays, spécialisée dans le microcrédit pour les plus pauvres, exclus du système bancaire.

Drapées dans les boubous des jours de fête, qui enserrent de très jeunes enfants, elles sont venues dire comment l'accès au crédit, et la formation qu'elles ont en même temps reçue pour apprendre à lire, à écrire et à gérer leurs pécules, a changé leurs conditions de vie, et celles de leur famille.

Awa s'est acheté un mouton et un boeuf avec son premier crédit de 50 000 francs CFA, l'équivalent de 76 euros. Elle se retrouve aujourd'hui à la tête d'un élevage de 50 bêtes et d'un prêt de 1 million de CFA, soit 1 525 euros, pour à peu près autant d'épargne. Coumba, partie d'un petit commerce de mangues avec la Casamance, possède désormais, avec un groupement de femmes, tout un verger de papayes, de grenades et de corossols dans la commune du Pout, proche de Thiès. Et Adja, qui dirige un atelier de confection de cinq employés à Tivaouane, vend ses boubous aux notables de Dakar et songe à exporter une partie de sa production au Mali.

Devant l'assemblée des femmes, encouragées par de sonores "sorokolés" (hourras, en wolof), toutes commencent par remercier la FDEA de leur avoir fait confiance quand " elles n'avaient que leur parole à donner ". Puis, elles expliquent que leur plus grande satisfaction, c'est d'avoir obtenu un statut social. "Avant, c'étaient les maris qui se levaient le matin et rapportaient l'argent, eux qui avaient le compte en banque. On était rejetées du système, raconte Awa, en wolof, mais maintenant, on a une activité qui nous permet d'acheter de la nourriture pour nos familles et du mobilier pour nos maisons." Adja, de Tivaouane, renchérit : "C'est fini le temps où les femmes dépendaient de leur mari. On ne pouvait pas rester à tendre la main. Aujourd'hui, c'est nous qui avons les millions. Et les hommes nous regardent autrement !"

De fait, à travers le microcrédit, c'est de reconnaissance sociale qu'il s'agit. Au calme dans son petit bureau d'un quartier tranquille de Dakar, enfoui sous les bougainvilliers, Soukeyna Ndiaya Ba, présidente de la FDEA depuis vingt ans, ne cache pas sa fierté d'avoir fait du microcrédit un vecteur de promotion des femmes sénégalaises, quand celles-ci étaient cantonnées à des seconds rôles dans l'économie informelle.

L'ancienne ministre à la coopération décentralisée du gouvernement d'Abdoulaye Wade - de 2002 à 2005 - , tout à la fois mère nourricière et porte-drapeau des femmes sénégalaises, explique : "Ce que vous voyez là va bien au-delà du crédit. Ces femmes ont gagné une place dans la société. Les hommes ont eu du mal à accepter leur changement de statut et nous avons rencontré beaucoup de résistance. Mais ils sont maintenant devenus nos meilleurs avocats ! Je crois qu'ils sont fiers d'elles." Avec l'ensemble des institutions de microfinance présentes au Sénégal, Mme Ba attend désormais de l'Etat qu'il "prenne en compte le travail dans l'évaluation de la croissance du pays". "Les femmes, souligne-t-elle, comptent pour plus de la moitié de la population sénégalaise. Elles créent des emplois et représentent, d'après les estimations, 60 % du secteur informel. Elles vont jouer un rôle important dans le développement économique. "

A 51 ans, Adja, mère de neuf enfants qu'elle élève seule à Tivaouane - et, précise-t-elle, "habituée, en tant que présidente d'une association religieuse, à parler devant les marabouts" -, est bien d'accord. Elle revendique un rôle central pour les femmes dans l'économie. Ce sont elles "qui détiennent la clé pour lutter contre la pauvreté", soutient Adja. Elle raconte comment, dans les quartiers où les femmes ont pu accéder au crédit, se sont développés des îlots de prospérité qui irriguent les zones avoisinantes.

Adja attend de la FDEA qu'elle aille plus loin. En augmentant ses crédits pour financer de plus gros projets de développement, plafonnés à 1 million de francs CFA par emprunteur, soit à 1 525 euros. En permettant l'éducation des enfants, "l'un de nos principaux soucis" glisse-t-elle, dans un pays où l'école est obligatoire jusqu'à 14 ans mais où l'analphabétisme touche encore 60 % de la population. Et en aidant à l'achat de logements, une revendication générale dans le pays, où, dans les quartiers populaires, l'habitat en dur peine à gagner face aux bidonvilles.

Pour Jean-Philippe Jolly, responsable des programmes socio-économiques de Groupe développement - une ONG cofondée en 1979 par Air France, UTA et Air Gabon avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), qui subventionne la FDEA et une quarantaine d'autres ONG locales dans le monde -, ces revendications témoignent des espoirs croissants des femmes. "Pour elles, estime-t-il, l'accès au crédit représente l'occasion de mettre fin à leur marginalisation dans la société, car elles restent les premières victimes de l'analphabétisme - 70 % des femmes seraient concernées - et n'ont accès à aucune ressource financière. " Le microcrédit, pour M. Jolly, n'est pas un "feu de paille", mais "un moyen efficace, parmi d'autres, d'apporter une aide durable aux plus pauvres des pauvres, en les sortant de la misère sans faire de l'assistanat".

Dans ce pays où 93 % de la population est de confession musulmane, mais qui pratique un islam modéré, l'émancipation des femmes par le travail paraît désormais bien acceptée. "Les femmes portent tout le fardeau de la famille sur leurs épaules, les enfants et l'alimentation, explique M. Jolly. Le fait qu'elles exercent une activité économique est bienvenu, d'autant que leur argent est entièrement réinvesti dans la famille et sert à améliorer le niveau de vie. Les hommes, s'ils gagnent un peu d'argent, ont tendance à s'offrir une autre voiture..., voire une seconde femme, même si la polygamie tend à reculer en milieu urbain."

Le mouvement lancé par la FDEA au Sénégal a été copié dans d'autres pays d'Afrique, et on vient " de très loin " lui demander conseil, assure Mme Ba. Surtout, elle est de plus en plus courtisée par les grands partis politiques du pays. A gauche comme à droite, les ténors politiques prennent la mesure de la popularité de l'ex-membre du gouvernement, débarquée en 2005 en même temps que les autres représentants de la société civile, et, surtout, de l'important réservoir de voix dont elle dispose : les 200 000 femmes qui sont passées par son association et sont tenues d'emprunter par groupe de cinq ont tissé entre elles un réseau solidaire.

Oumar Diagne, adjoint d'Idrissa Seck, maire de Thiès et ancien premier ministre, confirme qu'il n'est pas possible d'ignorer le mouvement amorcé. Non sans avoir souligné que "la ville et son maire sont prêts à aider Mme Ba et la FDEA", il se réjouit de voir l'association "aider les femmes à aller de l'avant". "Ce que fait Mme Ba, c'était à la commune de le faire, reconnaît-il, c'est une vraie réussite, pas de la publicité qu'on entend à la radio. Celles qui portent les foulards vont bientôt prendre le pouvoir et nous les y aiderons. "

Un autre élu de la commune du Pout estime que les associations de microfinance "contribuent à améliorer les conditions de vie de la population la plus défavorisée". " Ici, témoigne le jeune conseiller municipal Malick Ndaye, 80 % de l'activité économique repose sur les femmes, mais comme il s'agit le plus souvent d'économie informelle, elles n'ont pas accès aux banques. On ne leur ouvre pas la porte. Le microcrédit est la meilleure solution pour les insérer dans la société."

Conscientes de leur poids collectif, les femmes pressent Mme Ba de s'engager en politique, pour défendre leurs intérêts. "Il faut qu'elle y aille, qu'elle ne s'arrête pas en si bon chemin, on est toutes derrière elle, elle est battante et généreuse et offre même des voyages à La Mecque aux plus méritantes, ce dont chacune de nous rêve ici ! On a beaucoup à faire pour arriver à une égalité hommes-femmes, pour mettre une femme derrière chaque homme", s'enflamme l'une d'elles.

Mme Ba rappelle que sa priorité est de poursuivre le travail entrepris depuis deux décennies. Elle veut attirer de nouveaux investisseurs dans son aventure, afin de passer à la vitesse supérieure et financer l'achat de logements décents pour "la nouvelle génération de femmes" qu'elle voit déjà arriver.

Anne Michel, envoyée spéciale au Sénégal.


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