Article paru dans Le Monde du 21 Avril 2007 Zoom Pour y voir clair dans la multitude des propositions, chartes et engagements des professionnels Quelle différence y a-t-il entre tourisme responsable, durable, solidaire ou éthique ? Tourisme humanitaire et tourisme solidaire relèvent-ils de démarches similaires ? Depuis le 16 mars, un label « Tourisme responsable » permet un peu de s'y retrouver. L'apparition de cette manière de « voyager autrement », au même sens qu'acheter autrement » ou « consommer autrement », s'est en quelque sorte officialisée en 1995, lorsque l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) a organisé sa première conférence sur le tourisme durable. Devant la demande pour ce type de séjours où sont privilégiés le contact avec les populations et le respect des ressources locales existe, l'offre des voyagistes laisse souvent perplexe. Comment s'y retrouver ? Existe-t-il des labels ? Où va l'argent ainsi dépensé ? Une récente enquête confirme que cette notion de tourisme responsable reste finalement mal connue, comme le montre une enquête réalisée par l'institut de sondages TNS-Sofres du 9 au 13 mars, à la demande de Voyages-sncf.com et Routard.com. Les résultats ne sont pas à l'avantage de ce type de tourisme. Ils sont assez comparables à ceux de l'enquête menée par l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT) sur le même sujet à la fin 2004. A l'époque, 28,8 % des personnes interrogées avaient entendu parler de ce type de tourisme. Dans l'enquête TNS, cette catégorie tombe aujourd'hui à 27 % des sondés parmi lesquels 12 % seulement reconnaissent en avoir une bonne connaissance ! Enfin, toujours selon cette enquête, 2 % des personnes interrogées disent avoir « voyagé responsable ». Pour Pascal Languillon, président et fondateur de l'Association française d'écotourisme (AFE) et auteur d'un petit guide intitulé Itinéraires responsables pour le compte de l'éditeur spécialisé Lonely Planet, il y a une notion très importante à retenir : « ll faut cesser de confondre tourisme solidaire et humanitaire. Le principe qui prévaut, c'est qu'il faut passer de bonnes vacances tout en sachant qu'une partie de l'argent qui sera dépense bénéficiera à certains projets des populations locales, ce qui est la définition d'un tourisme solidaire. » Petit à petit, des labels dont les critères sont déterminés par la profession et agréés par l'Afnor, commencent à sortir. Le dernier en date est celui obtenu par Agir pour un tourisme responsable (ATR). Yves Godeau, fondateur et président de cette association et ancien PDG de Club Aventure s'en félicitè, mais il reconnaît que les démarches sont longues. « Tous les labels sont encadrés par le code de la consommation, explique-t-il. Ils doivent être élaborés en collaboration avec un organisme certificateur - du type Afaq/Afnor, Ecocert ou Flo - avant d'être examinés par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avant d'être publiés au Journal officiel. » L'Association du tourisme équitable et solidaire (ATES) est sur le point d'obtenir le sien. « Les pouvoirs publics ont un moment essayé de réunir l'ATR et ['ATES au sem d'un même label, maîs cela a échoué », déplore Yves Godeau, pour qui « un seul et même label pour toute une profession aurait eu une meilleure visibilité ». En France, plusieurs associations se sont lancées dans l'organisation de ce type de voyages, avec des ambitions et des systèmes différents C'est par exemple le cas de l'Association du tourisme équitable et solidaire (ATES) ou d'Agir pour un tourisme responsable (ATR) qui regroupe une dizaine de voyagistes spécialisés dans le tourisme d'aventure et de marche a pied Voyages Développement Solidarité, elle, se charge d'assurer la liaison avec des ONG qui oeuvrent dans certains pays et assurent la prise en charge d'éventuels touristes. L'Association française d'écotourisme (AFE), créée en 2005 afin de diffuser le concept d'écotourisme en France, se propose d'accompagner le développement de projets et la mise en place de stratégies de territoire liées au tourisme durable Une preuve que cette activité ne se situe pas toujours dans le cadre des relations Nord-Sud. « Ces associations peuvent utilement donner des conseils aux futurs voyageurs, note M Languillon Car trouver ce type de voyages dans une agence classique est quasiment impossible A moins de se tourner vers un voyagiste spécialisé dans l'aventure ou le voyage à pied ». Deux questions reviennent souvent à propos du tounsme durable La première concerne les tanfs • est-il plus cher de voyager solidaire ? La réponse de Pascal Languillon est nuancée « Si l'on compare le voyage solidaire à un produit de masse "tout compris" comme ce que proposent de grands voyagistes à Cancun au Mexique ouen Republique dominicaine, c'est plus cher, estime M Languillon En revanche, à destination et à catégorie d'hébergement égales, il n'y a pas de différence de prix entre les deux types de tourisme ». Les adeptes de ce type de vacances insistent aussi sur le fait qu'elles ne sont pas réservées aux aventuriers adeptes d'un confort Spartiate. Il existe, en effet, des structures d'accueil haut de gamme qui peuvent même accueillir des familles avec enfants. La seconde question porte sur l'utilisation de l'argent déboursé par le touriste solidaire « Il faut encourager les voyageurs à questionner leurs hôtes, pas forcément en leur parlant finances, mais les faire parler sur révolution des projets, par exemple », explique M Languillon. Pour Marianne Didierjean, responsable du département Voyager autrement, une structure spécialisée dans le tourisme solidaire au sein de l'opérateur associatif Vacances bleues et qui a travaillé pendant huit ans dans des actions de développement, l'objectif est de promouvoir les pays du tiers-monde tout en faisant redécouvrir le sens du voyage et la notion perdue du lien d'échange « Le point de départ, c'est le tourisme, le développement n'intervient qu'après», explique Mme Didierjean. Sur le plan local, Vacances bleues ne finance pas de projets spécifiques, maîs elle reverse l % du chiffre d'affaires de cette activité à des associations à Madagascar, au Pérou ou au Vietnam Les sommes versées sont faibles elles avoisment au total 10000 euros par an. « Voyager autrement » revendique 500 clients par an à comparer aux 80000 qui voyagent avec Vacances bleues. Ces voyageurs, pour la plupart, sont enseignants, retraités, occupent une profession libérale et surtout ils cherchent à « ne plus voyager comme ils le faisaient avant ». Conscients de l'impact positif que cela peut avoir pour leur image, les grands opérateurs n'ont pas voulu laisser le monopole du tourisme solidaire aux seules associations Ce qui laisse leurs responsables sceptiques Pascal Languillon salue la démarche des opérateurs, mais déplore qu'ils n'aient pas davantage de projets, compte tenu des moyens dont ils disposent par rapport aux petites structures « Ils peuvent ainsi se donner bonne conscience en finançant des micro projets », lance- t-il. François Bostnavaron
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