Article paru dans Le Monde du 7 Janvier 2009 CASAMANCE ENVOYÉ SPÉCIAL Le bombolong est là ! Sorti à l'occasion d'événements importants, le grand idiophone à fente, taillé dans un tronc, résonne de toutes ses basses. A Diakène, en Basse Casamance (Sénégal), tout le village est rassemblé pour danser et chanter le début de l'opération de reboisement de la mangrove. Car la Casamance souffre de la disparition progressive de la mangrove. Les témoignages des pêcheurs le prouvent : pour remplir leurs filets, ils doivent aller de plus en plus loin. Les terres cultivables sont également appauvries par le sel. Une perte de superficie de 20 % en un quart de siècle Les mangroves ont perdu quelque 20 % de leur superficie dans le monde en un quart de siècle (entre 1980 et 2005), estime l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). De tous les continents, c'est l'Asie, avec plus de 1,9 million d'hectares perdus, qui a le plus souffert de la destruction de ces écosystèmes. Mais l'Amérique centrale et du Nord et l'Afrique n'ont pas été épargnées, où la conversion en zones d'aquaculture, l'agriculture, le tourisme et, bien sûr, la pression démographique ont contribué à la progressive disparition des mangroves. La conséquence de leur suppression aboutit non seulement à une diminution de la biodiversité mais aussi à une intrusion du sel dans les zones côtières, a alerté la FAO. Haïdar El-Ali, président de l'Océanium, association de protection de l'environnement basée à Dakar, ne l'oublie pas quand il prend la parole : "Ici, il y a vingt ans, les anciens vous diront que l'on ne voyait pas le ciel tellement les arbres étaient nombreux. Ici, il y a vingt ans, les hommes qui partaient en mer revenaient au village avec de gros poissons en abondance. Aujourd'hui, nous sommes tous là pour sauver cet environnement qui meurt. Et nous allons le faire dans plus de cent villages de Casamance. Nous allons replanter ensemble la mangrove pour faire revenir les poissons et protéger du sel les terres où pousse votre riz. Vous verrez toute la générosité que peut donner à nouveau la nature." PLUS DE 6 MILLIONS DE PALÉTUVIERS Cette scène s'est reproduite des dizaines de fois pendant des semaines, en Casamance, jusqu'au début du mois de novembre 2008. Pendant l'hivernage, la saison des pluies, 6,3 millions de propagules de palétuviers (Rhizophora) ont été plantées sur quelque 1 260 hectares, à raison de 5 000 plants par hectare. En tout, 110 villages, du nord au sud et de l'ouest à l'est de la Casamance, soit 5 400 km2, ont participé bénévolement à cette campagne, représentant plus de 10 000 planteurs. L'objectif initial des cinq millions de palétuviers a donc été largement dépassé. Préparée depuis des mois grâce aux campagnes de sensibilisation organisées dans les zones concernées avec un camion cinéma projetant des films réalisés par l'Océanium, gérée en accord avec les autorités villageoises afin d'éviter de se heurter aux activités communautaires telles que le repiquage du riz qui nécessite une main-d'oeuvre importante, l'opération Casamance constitue une véritable réussite. Pour Jean Goepp, coordinateur de l'ensemble du projet au sein de l'Océanium, "tout a commencé en 2006, lorsque nous avons planté 65 000 propagules dans un coin complètement sinistré, à Tobor. Et elles ont pris ! Pour nous, l'essentiel était de faire prendre conscience aux populations que planter des arbres est à la portée de tout le monde. Située près d'une route fréquentée, cette première plantation a fait parler d'elle. Des représentants villageois sont venus pour nous demander de planter près de chez eux. En 2007, nous avons donc multiplié pratiquement par dix le nombre de plants pour atteindre les 500 000." Soutenue financièrement par la Fondation Ensemble et par la FIBA (Fondation internationale du banc d'Arguin) dès 2007, le projet 2008 a nécessité des moyens beaucoup plus importants. Près de 70 % du budget total de 130 000 euros ont été apportés par la Fondation Yves-Rocher, 15 % par Village Projects International, le reste avec l'aide de partenaires plus modestes comme la Fondation Marie et Alain Philippson et Kirène. Au-delà des résultats obtenus en 2008 (80 % des propagules prennent racine), Haïdar El-Ali et Jean Goepp se projettent déjà sur la prochaine opération de l'hivernage 2009. Et comme, depuis 2007, l'objectif comptable consiste à multiplier sensiblement le nombre des plantations, ils espèrent atteindre - et qui sait dépasser - les 30 millions d'arbres plantés. Pour atteindre un tel chiffre, trois deltas seraient concernés : le Saloum, le fleuve Gambie et la Casamance, bien sûr... La Fondation Yves-Rocher a déjà assuré l'Océanium de son soutien financier et Danone serait intéressé. En plus de la Gambie, la Guinée-Bissau pourrait participer à la prochaine campagne. Les mangroves de l'Ouest africain, fragiles écosystèmes parmi les plus productifs en biomasse de la Terre et véritables nurseries naturelles pour la faune et la flore, entameraient alors une toute nouvelle jeunesse. Olivier Herviaux Repères Palétuviers. L'arbre de la mangrove par excellence ; une des rares espèces capables de résister dans ces marécages côtiers que sont les mangroves. Littoral. Les mangroves sont concentrées sur les zones littorales tropicales où les arbres et autres végétaux poussent donc en milieu salin. Nurseries. Ils constituent un lieu de reproduction idéal des espèces, en même temps qu'ils offrent une protection importante contre l'érosion des sols mais aussi contre les ouragans. Marées. Elles contribuent à faire prospérer les mangroves, qui ont besoin à la fois de l'eau douce des fleuves et de l'eau salée. La première enrichit le marécage tandis que la seconde nourrit la forêt.
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